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Visites d’aménités : gros coup de cœur à Charleroi
Audrey Mathieu  â€¢  9 mai 2016  â€¢  Aménagement du territoire  â€¢  Urbanisme

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Qui a dit que Charleroi rimait avec insécurité, grisaille et insalubrité ? Certainement quelqu’un qui ne s’est plus rendu dans la cité carolorégienne depuis un petit bout de temps, voire pire, quelqu’un qui n’y a jamais mis les pieds ! Et pour (re)découvrir un centre-ville que l’on croit connaître, rien de tel qu’une visite sur le thème des aménités en compagnie de personnes qui le fréquentent.

Depuis 2014, les chargé(e)s de mission en aménagement du territoire d’IEW arpentent les rues, les places, ou encore les ponts de villes et de villages plus ou moins connus de notre chère Wallonie. Louvain-la-Neuve, Marchienne-au-Pont, Seraing, et Thuin en 2014. Liège, Namur, Marche-en-Famenne et Charleroi en 2015 [1]. Ces visites ont toutes un point commun : partager et discuter autour de l’aménité préalablement choisie par chaque participant au sein d’une maille de 500m sur 500m. Ces aménités sont des lieux auxquels ils sont attachés pour diverses raisons qui les rendent irremplaçables et indéplaçables à leurs yeux. C’est pour nous l’occasion d’être sur le terrain et d’enrichir nos connaissances. C’est aussi l’opportunité pour les participants de se rencontrer, d’échanger sur ces espaces, et de se familiariser à différents outils d’aménagement du territoire puisque nous nous retrouvons toujours pour un débriefing, notamment autour du plan de secteur de la zone visitée.

Le 21 avril dernier, nous avons eu l’occasion d’organiser une deuxième visite d’aménités à Charleroi avec le soutien d’Espace-Environnement. La première visite, en décembre 2015, s’était concentrée sur la Ville Basse et le projet Rive Gauche. Par cette magnifique journée printanière, c’est autour de la Place Charles II, dans la Ville Haute que nous avons décidé de jeter l’ancre. L’endroit n’était pas choisi au hasard : grâce à des Fonds Feder et à des subsides régionaux, cette partie de la ville va être repensée et reconfigurée dans les prochaines années. Ce projet, Charleroi District Creatif, comprend notamment la rénovation de différents bâtiments (Palais des Expositions, Palais des Beaux-Arts), de profondes transformations en termes de mobilité (boulevards, trémies, nouveaux accès petit au ring), la rénovation d’espaces publics (place Charles II et Place du Manège) ou encore la requalification de quais de Sambre. L’ensemble de ces projets pourra sans aucun doute être nourri par les réflexions des membres du Conseil de Participation, constitué depuis 2013 concernant la Ville Haute. Il est composé d’habitants, de commerçants ou de personnes qui se rendent dans le quartier pour y travailler.

Il y a quelques semaines, nous avons eu l’occasion de rencontrer certains membres de ce Comité de Participation puisque nos 7 participants à la visite d’aménités en font partie. Nous étions donc impatientes, non seulement de faire leur connaissance, mais aussi de discuter et partager autour de l’aménité que chacun avait choisie.

Une fois de plus, les espaces verts et la nature l’ont emporté. Quatre de nos participants avaient en effet choisi de nous parler du Parc Reine Astrid. Ce poumon vert permet aux enfants de venir jouer, aux ados des écoles voisines de venir manger leur sandwich à midi, aux plus sportifs de venir faire un footing. Les derniers aménagements de la ville au niveau de la végétation ont sécurisé le parc, même s’il reste encore quelques petites choses à améliorer, notamment concernant l’éclairage (mais selon un participant, la ville y travaille également). S’il fallait encore le démontrer, ces coins de verdure en ville sont donc prisés et les gens qui vivent la ville y tiennent particulièrement [2]. Nous parlons ici d’une aménité ancrée dans notre environnement sensoriel, comme l’expliquait très bien Hélène Ancion dans sa niews « Aménités : de la relativité du bon aménagement des lieux ». Mais la richesse de nos visites réside précisément dans le fait que les aménités présentées et discutées ne se limitent pas à ce que nous apportent nos sens.

En continuant la visite, une participante nous parle d’un espace d’où nous pouvons à la fois profiter d’une vue sur le Square Napoléon Bonaparte, avec l’ancienne caserne d’infanterie de Charleroi en toile de fond, mais surtout sur l’Athénée Royal Vauban à laquelle elle est particulièrement attachée car elle y a tous ses souvenirs d’étudiantes.


Square Napoléon, Charleroi. Avril 2016, Audrey Mathieu

Au-dessus de la rue de la Montagne, c’est en compagnie de Jules Destrée qu’un participant partage son aménité : un carrefour où piétons et voitures se font des politesses. C’est improbable, et pourtant c’est vrai : à cet endroit précis, les voitures et les piétons sont d’une courtoisie rarissime en centre-ville. Enfin, le dernier participant nous fait découvrir un lieu inattendu dans lequel nous n’aurions certainement jamais osé mettre les pieds avant cette visite : l’Eglise Saint-Christophe située sur la Place Charles II. Erigée en 1667, cet édifice subit une grosse transformation en 1956 qui lui donna cette allure de basilique (et non pas le titre) sur deux axes. Nous remontons ici à l’enfance de notre orateur du moment qui se remémore en notre compagnie les messes auxquelles il assistait avec ses parents.

Nous clôturons notre promenade au sein de l’imposant hôtel de ville un peu plus loin. Les discussions passent du plan de secteur au projet de rénovation de ce quartier en passant par le rôle de la Région wallonne et celui de la Ville dans les différents dossiers d’aménagement du territoire (permis d’urbanisation, contournement routier…). Les participants sont contents, ils ont montré avec fierté que leur ville regorgeait de lieux insoupçonnés tels que des espaces verts où il fait bon vivre, des lieux de passage où nous pourrions marquer une pause le temps d’observer « les gens qui passent », ou encore des monuments d’une certaine curiosité architecturale. Vu les profondes transformations qui attendent ce quartier de Charleroi, nous nous donnons rendez-vous dans quelques années pour connaître le sort qui sera réservé à ces aménités, ces endroits, ces espaces, ces lieux, auxquels sont profondément attachés des personnes qui vivent, d’une manière ou d’une autre, dans cette partie de la ville.

Alors, peut-être que rénover une ville ou un quartier, ce n’est pas nécessairement créer de nouvelles choses, des monuments ou des bâtiments majestueux qui marqueront les esprits et y aller à grands coups de city branding sous prétexte qu’il faut se démarquer par rapport aux autres villes. Peut-être que la première chose à faire est de mettre en valeur et entretenir les espaces que les habitants aiment particulièrement. Encore faut-il connaître ce à quoi les gens sont attachés sur un territoire….. Charleroi semble bien partie en ayant mis sur pied les Conseils de Participation. Mais jusqu’où seront pris en compte les avis, critiques et suggestions de ces riverains investis dans leur ville ?

Logo de l’article : Arrêt dans le Parc Reine Astrid, à Charleroi. Avril 2016, Audrey Mathieu


[1En janvier 2016, Hélène Ancion faisait le point sur ces visites dans une niews. Les endroits sympathiques de 2014 et 2015 : bilan des aménités

[2La niews « Les villes durables seront végétales ou ne seront pas » parle notamment de l’importance de ces poumons verts dans les centres urbains.



 
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