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Un masterplan pour penser la reconversion d’une vallée industrielle en déclin
27 février 2009  •  Aménagement du territoire

Le territoire de Seraing est particulièrement contrasté : dans la vallée, l’industrie lourde cohabite intimement avec un habitat dense tandis que le haut de la ville est composé de grands bois et de quartiers résidentiels relativement verdoyants.

Le tissu urbain de la vallée sérésienne porte les stigmates de la déprise industrielle : nombreuses friches, sols pollués, bâti dégradé,... Mais l’existence de cet important potentiel foncier au c½ur de la ville et la présence d’un patrimoine industriel lui confèrent aussi certains atouts. La perspective de la fermeture du haut-fourneau n°6 a incité les acteurs locaux à se saisir de ces circonstances pour réfléchir globalement à la reconversion de ce territoire meurtri.

En mai 2004, l’Arebs, Association pour le redéploiement économique du bassin sérésien [1], lance ainsi un appel d’offre européen pour la réalisation d’une étude urbanistique sur la vallée sérésienne, couvrant environ 800 hectares. L’appel est remporté par un consortium pluridisciplinaire de sept bureaux [2] regroupant des acteurs locaux et l’architecte urbaniste français Bernard Reichen. La mission est divisée en deux phases : la première, dite Pipo, vise l’ensemble du territoire concerné tandis que la seconde, dite Prio, se concentre sur trois zones prioritaires qui sont étudiées en détail.

Une stratégie globale et trois spots de développement prioritaire

Le masterplan travaille à plusieurs échelles spatiales et temporelles. D’une part, il propose une vision prospective de développement sur un territoire élargi s’articulant autour de l’aménagement d’un boulevard urbain -véritable colonne vertébrale du projet- et de coulées vertes descendant de la colline. D’autre part, il définit douze séquences qu’il caractérise et pour lesquelles il formule un ensemble de propositions concrètes d’aménagement à court, moyen et long terme. La programmation est multi fonctionnelle avec toutefois une attention particulière au logement.

Les séquences sont à la fois autonomes dans leur capacité à évoluer et interdépendantes dans la dynamique globale.

Liaison est-ouest : un boulevard urbain

Le projet prévoit la création d’un boulevard urbain qui matérialise une liaison est-ouest reliant les différents quartiers de la vallée. Cet axe traverse notamment des zones dont la désindustrialisation est prévue afin de les irriguer et favoriser ainsi leur reconversion. Malheureusement, il semble que le site propre prévu pour le tram ou le bus ne sera pas réalisé, mais la ligne de chemin de fer plus ou moins parallèle à l’axe routier sera valorisée au niveau des transports en commun.

Le boulevard urbain a été conçu de manière à être rapidement « opérationnel » : il réutilise certains tronçons de voirie existants et son tracé évite, dans la mesure du possible, les zones bâties. Il sera aménagé par tronçon au gré des opportunités.

Coulées vertes

Le masterplan propose l’aménagement de coulées vertes mettant en relation les zones boisées des coteaux sérésiens et le fleuve industrialisé. Ces coulées visent non seulement la création d’une unité paysagère entre le haut et le bas de Seraing mais poursuivent également un but social –en offrant des espaces de vie attractifs– et environnementaux –en aménageant des couloirs écologiques. Ces coulées végétales intègrent des terrains mis en jachère permettant de renaturaliser un sol hautement pollué et préparer ainsi leur reconversion. La plupart de ces jachères concernent des zones encore partiellement en activité comme le site de la cokerie.

Les séquences

Le masterplan promeut donc une vision urbanistique d’ensemble qui inscrit le projet dans le « grand » paysage en reliant le haut et le bas de Seraing par les coulées vertes et les quartiers de la vallée par le boulevard urbain.

Autour du fil conducteur que constitue le boulevard, le masterplan identifie ensuite douze séquences à l’identité propre qui proposent chacune différentes interventions participant à l’écriture d’un récit urbain cohérent. Le boulevard voit ainsi se succéder des quartiers aux ambiances variées : parc habité, quartier historique, axe commercial, secteur économique, espace vert, patrimoine industriel reconverti, plate-forme économique.

Participation citoyenne et dynamique d’appropriation

La population et les forces vives locales ont bien sûr été associées au processus. Chaque phase du projet a en effet été nourrie par des ateliers urbains interactifs mettant en présence des habitants, des représentants d’entreprises actives dans la zone, la SPI+, intercommunale de développement économique de la province de Liège, des institutions culturelles,…

Parallèlement, une attention toute particulière a été portée à l’information de la population afin que d’éventuelles appréhensions bien légitimes ne se transforment en rumeurs menaçantes. Dans cette optique, l’Arebs a notamment institué les réunions dites « Tupi », sur le principe des célèbres réunions Tupperwear : tout citoyen qui parvient à réunir un petit groupe de gens peut demander à l’Arebs de venir présenter le projet à son domicile !

Cette transparence dynamique explique sans doute en partie le très petit nombre de réactions négatives suscitées par le projet.

Les clés du succès

Voilà, sans conteste, une démarche prospective assez inédite en Région wallonne, dont le succès repose sur plusieurs facteurs. D’abord, l’opération a été et est portée par une volonté politique forte et cohérente. Une régie foncière appelée Erigès chargée de mettre en ½uvre le projet a été créée par la ville de Seraing. Ensuite, le projet repose sur une expertise transversale autorisant un véritable projet de territoire. Ainsi, l’analyse socio-économique a permis de définir une programmation réaliste qui a ensuite été inscrite dans l’espace. Enfin, la stratégie territoriale sert et servira de référence pour les différents acteurs assurant cohérence à court, moyen et long terme. C’est un moyen de communication et de négociation bien utile.

Le choix de l’outil participe aussi pleinement à la réussite. En effet, le masterplan permet de travailler sur une unité territoriale cohérente. Il est évolutif, ouvert et souple. Lorsqu’un projet porte sur un territoire d’une telle ampleur en pleine mutation et impliquant un nombre considérable d’acteurs tant privés que publics, tout ne peut en effet être prévu… La saga du haut-fourneau n° 6 en est le meilleur exemple. Le projet doit donc rester ouvert aux opportunités… sans perdre son âme. Telles les pièces de puzzle, chaque partie concourt à la réalisation du projet global mais peut être réalisée isolément.

Il est interpellant de constater que la stratégie territoriale prend la forme d’un masterplan, outil qui n’a aucune existence légale. Cela signifierait-il qu’aucun document d’urbanisme institué par le CWATUP n’est suffisamment souple pour permettre la prospective et suffisamment ouvert pour permettre une approche transversale à large spectre ? Le décret Resa [3] ter propose la généralisation du rapport urbanistique et environnemental (RUE) aujourd’hui uniquement requis pour la mise en ½uvre des Zones d’aménagement communal concerté (ZACC). La perspective de voir mis en selle un tel outil est réjouissante. Reste à voir comment le RUE, qui est un rapport, peut devenir un vrai document de composition urbanistique ce que ne sont en rien les RUE existants portant sur les ZACC. Or, la composition urbanistique est une démarche de synthèse particulièrement nécessaire pour gérer la complexité…


[1La mission de l’Arebs est semblable à celle des intercommunales de développement à l’échelle locale

[2Reichen & Robert pour la réalisation de projets urbains de dimension internationale ; Pierre sauveur pour la programmation architecturale, Pluris pour l’urbanisme et l’aménagement du territoire ; Lambda Plan pour le volet financier et économique ; Bruno Bianchet pour le développement économique local et l’analyse spatiale ; SGDS pour l’audit environnemental et Trame pour l’accompagnement des collectivités locales et la concertation

[3Décret de relance économique et de simplification administrative



 
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