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Microplastiques, macroproblèmes !
Gaëlle Warnant  •  19 octobre 2017  •  Santé environnement

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Invisibles, inodores, insipides… mais pas sans danger ! L’omniprésence des microplastiques dans les milieux aquatiques fait qu’ils sont aujourd’hui une préoccupation majeure dans les sphères scientifique, environnementale mais aussi politique. Alors que les associations de protection des milieux marins tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années, de timides avancées visant à limiter les rejets de microplastiques sont perceptibles dans différentes régions du monde.

Remonter aux sources des microplastiques

Quand on parle de pollution des mers par les plastiques, des images atroces d’animaux empêtrés dans des sacs et filets en plastiques ou d’oiseaux marins dont l’estomac est rempli de déchets sont éloquentes. L’image d’un « septième continent », immense plaque formée par des plastiques amalgamés sous l’effet des courants peut être également parlante pour sensibiliser à l’ampleur de cette pollution mais elle est trompeuse. L’ampleur du problème est bien plus difficile à imaginer puisque la majorité des plastiques se retrouvant dans les mers sont invisibles. Les microplastiques sont des particules composées de polymères synthétiques insolubles dont la taille est inférieure à 5mm. Les microplastiques sont donc très variés en taille et en composition puisqu’ils sont issus de différentes sources.

Il faut distinguer les microplastiques primaires qui sont spécialement élaborés afin d’être ajoutés sous cette forme micro à des produits comme des produits de nettoyage, produits cosmétiques, dentifrice, etc. Ils sont parfois désignés sous le terme « microbilles ». Les microplastiques secondaires quant à eux sont issus de la dégradation d’objets composés de plastique (textiles synthétiques, pneumatiques, etc.) ou de déchets qui échouent dans l’environnement (sacs, bouteilles,…).

D’après une étude de la Commission européenne, les principales sources de microplastiques sont : l’abrasion des pneumatiques, les granulés de plastiques de pré-production, les textiles, les peintures de bâtiments, les peintures de marquage routier, les cosmétiques, les peintures de marine.

Omniprésence toxique

Les études montrent que tous les océans sont touchés par cette pollution, y compris les zones polaires. Exutoires des eaux surface, mers et océans concentrent ces micro-déchets mais 80% de ces fragments viendraient des rivières. Leurs impacts en eaux douces, voire pour l’approvisionnement en eau potable [1], ne sont donc pas à sous-estimer.

L’évaluation de ces particules et leur caractérisation reste une gageure. Néanmoins des études estiment que les océans contiendraient entre 15 000 et 51 000 milliards de ces particules. Dans certaines régions, la concentration en microplastiques serait supérieure à celle en plancton. Et selon uneétude de la fondation Ellen MacArthur, le rapport tonne de plastique/tonne de poissons qui était de un pour cinq en 2014, sera de un pour trois en 2025, et dépasserait un pour un en 2050.

Le devenir de ces particules dans les milieux aquatiques est des plus inquiétants. La présence de microplastiques dans des sels marins provenant de différentes régions du monde a été confirmée par de nouvelles études [2]. L’ingestion de ces particules par les animaux marins ne fait plus de doute. Les bactéries et microalgues s’accrochant aux microplastiques émettent une odeur qui attire les poissons qui les ingèrent [3]. Fruits de mer, poissons, cétacés… les microplastiques finissent dont par contaminer la chaîne alimentaire. Un chercheur de l’Université de Gand [4] a mesuré la présence d’au moins une particule de plastique pour chaque gramme de chaire de moules élevées en mer du Nord. A chaque casserole de ce délicieux mollusque, ce sont des centaines de microplastiques que nous ingérons. Avec quelles conséquences ? Les composants des plastiques sont loin d’être inoffensifs. Ils libèrent des polluants organiques persistants (POP’s) comme le DDT, des PCB ainsi que des phtalates ou des métaux lourds. La toxicité pour les organismes marins a été démontrée : malnutrition et insuffisance hépatique chez les poissons, retard de croissance et effets reprotoxiques… Et qu’en est-il chez le consommateur final ? Effets cumulatifs, effets cocktail… On est encore loin de mesurer les conséquences d’une exposition chronique à ces particules.

S’attaquer à la pointe de l’iceberg

Si les conséquences sanitaires et économiques de cette pollution sont difficiles à évaluer, autorités et gouvernements de différentes parties du monde perçoivent la nécessité d’agir. Oui mais comment s’attaquer à un problème aussi colossal dont les sources sont multiples et omniprésentes. La Commission européenne a lancé une consultation publique sur le sujet. L’idée est d’arriver à légiférer au niveau européen, notamment dans le cadre de la future Stratégie sur les plastiques examinée dans le cadre du Paquet économie circulaire. Mais certains états n’attendent pas pour avancer sur la question, en commençant prioritairement à bannir les microplastiques des produits où ils sont substituables par d’autres ingrédients plus sûrs. La France a promulgué un décret interdisant la mise sur le marché des produits cosmétiques rincés à usage d’exfoliation ou de nettoyage comportant des particules de plastiques solides et des bâtonnets ouatés à usage domestique dont la tige est en plastique (« cotons-tiges »). Les microbilles seront bannies de ce type de produits dès le 1er janvier 2018, les cotons-tiges dès 2020. La Grande-Bretagne et les pays scandinaves ont également adopté des législations similaires. Aux USA, le Microbeads Free Water Act visant les produits cosmétiques rincés a également été voté en 2015. Des premiers pas mais qui sont loin de couvrir les principales sources de microplastiques.

Quant à la Belgique, la Ministre Marghem a préféré conclure un accord volontaire avec le secteur des cosmétiques représentés par DETIC. L’accord vise à soutenir la substitution de microplastiques dans certains produits mis sur le marché par les entreprises membres de cette association. La portée de cet accord nous apparaît bien trop limitée [5]. L’accord ne vise la substitution des microbilles de plastiques que pour une gamme restreinte de produits (« à rincer » et dont les microbilles ont la fonction d’abrasion). Et si la Belgique s’aligne ainsi sur les initiatives prises par d’autres pays, elle aurait pu profiter des discussions avec ce secteur, qui représente aussi les fabricants de produits de nettoyage et d’entretien, pour l’amener à revoir la composition d’autres produits. De plus, le délai d’élimination de ces particules est fixé au 31 décembre 2019 alors que la plupart des producteurs auront changé leurs formulations pour le 1er janvier 2018 pour accéder au marché français. Par ailleurs, il est difficilement compréhensible de ne pas préférer une législation « produit » à un accord sectoriel qui n’engage que les entreprises membres de DETIC. Toute une série de produits cosmétiques contenants des microbilles fabriquées par d’autres firmes pourraient donc rester sur le marché belge.

Il y a aujourd’hui une série d’initiatives prises ça et là qui visent à supprimer les rejets de microplastiques dans les eaux mais qui ont une portée limitée car elles ne s’attaquent qu’à des produits pour lesquels des alternatives existent sans engendrer un coût prohibitif. Plutôt que d’avancer par petits pas dispersés, il est urgent d’adopter une stratégie européenne coordonnée qui à terme permette de supprimer les sources principales de microplastiques. Elle doit donner un signal clair aux différents secteurs en planifiant au plus tôt une suppression graduelle, selon le degré de développement des alternatives, les microplastiques qui aboutissent dans les systèmes de collecte d’eau. Sans cela, c’est l’indigestion aux plastiques qui menacent la vie de nos océans, et la nôtre !


[5Un avis commun sur cette question réalisé par différents acteurs associatifs est en cours de finalisation



 
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