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L’ambition climatique… et démocratique du Parlement wallon
Christophe Schoune  •  5 octobre 2017  •  Climat / changements climatiques / Effet de serre

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Une Wallonie qui promet de réduire de 95 % ses émissions de carbone d’ici 2050, d’atteindre 100 % d’énergie renouvelable dans la consommation finale d’énergie et qui supprimera progressivement toutes les subventions ou placements financiers réalisés dans le secteur des énergies fossiles à cet horizon-là. Qui parle là ? Inter-Environnement Wallonie ? Greenpeace ? L’Association pour la promotion des énergies renouvelables ? Que nenni ! Il s’agit ni plus ni moins des forces vives politiques du Parlement wallon.

A l’unanimité, une fois n’est pas coutume, « l’assemblée du peuple » a adopté ce jeudi 28 septembre une résolution dont l’ambition trace avec clarté la route à suivre pour être en ligne avec l’Accord de Paris (COP21). D’aucuns objecteront qu’il s’agit là d’une simple résolution, une sorte de lettre écrite au Père Noël pour qu’il nous donne encore des hivers blancs sous nos latitudes. Cela fait rêver quand on la glisse sous le sapin, mais les lendemains de fête sont parfois douloureux.

Et si l’on disait chiche ! Malgré ses faiblesses environnementales, notamment sur le plan des politiques d’aménagement du territoire, cette résolution engage les partis de la majorité et de l’opposition comme jamais sans doute auparavant. Et cela, en considérant entre autres « qu’il est essentiel de mettre en œuvre, dès à présent, des mesures fortes et concrètes pour atteindre l’objectif principal de l’Accord de Paris de maintenir l’augmentation de la température mondiale bien en-dessous de deux degrés Celsius (…). »


La résolution affirme, avec une portée politique inédite en Wallonie, un cap de long terme ambitieux et cohérent avec le défi climatique. Ce cap doit permettre à tout un chacun de se projeter dans une mutation profonde de notre société, vers une société décarbonée. Elément très intéressant : le texte wallon ne se borne pas à énumérer une liste de principes généraux, mais définit des objectifs précis assortis d’échéances, voire de mesures susceptibles d’orienter à brève échéance les politiques publiques sur la bonne voie climatique. Parmi ces mesures souhaitées par le Parlement, l’évaluation de l’impact de toute « décision structurelle sur les performances climatiques de la Wallonie » fait figure de révolution copernicienne.

Ces recommandations invitent donc le gouvernement à combler les blancs de la nouvelle Déclaration de politique régionale (DPR) sur le plan climatique ou à remettre en cause, sans crainte, des projets qui entrent en contradiction avec les objectifs affichés avec un bel unanimisme par le Parlement. Des exemples ? Ils ne manquent pas ! Si le Parlement recommande au gouvernement de définir à moyen terme une « stratégie forte » en matière d’économie circulaire, on constatera que la nouvelle DPR a fait quasiment l’impasse sur cet enjeu alors que le nouveau plan wallon des déchets-ressources constitue un levier unique pour mettre en œuvre une telle stratégie. Il en va de même du projet de liaison autoroutière CHB, à l’est de Liège, soutenu par le nouveau gouvernement et dont le coût exorbitant - 500 millions d’euros au bas mot - grèverait la capacité des pouvoirs publics à financer des politiques de mobilité durable, et de réaliser l’objectif de « diminuer la part modale de la voiture individuelle au profit des autres modes (transports en commun, co-voiturage, voitures partagées, bus , train, vélos, marche à pied…) » soutenu par l’ensemble du Parlement [1]. Enfin s’il faut saluer l’ambition du Parlement de doubler la consommation de l’alimentation produite en circuits courts d’ici à 2025 par rapport à ce qui existe à l’heure actuelle, on peut également déplorer que rien, ou presque, ne figure à cet égard dans la nouvelle DPR.

Ces quelques éléments, qui sont loin d’être isolés, illustrent le grand écart qui peut persister entre la recommandation et l’engagement réel, entre l’intention de la lettre parlementaire et l’esprit des mesures gouvernementales. « Cette résolution est toutefois très intéressante, concède ce député. En la votant, les parlementaires de la majorité et de l’opposition devront être conséquents face aux actes du gouvernement actuel et futur qui seraient en décalage ou en contradiction avec les objectifs affirmés à l’unanimité. »

Et c’est sans doute-là l’autre intérêt majeur de cette résolution. A travers ces huit pages de recommandations, le Parlement wallon, deux ans après le Parlement flamand, revigore à sa manière la démocratie représentative. Acteurs de la gouvernance climatique, les députés ont endossé tant leur rôle de vigie que celui d’aiguillon. En d’autres termes, le nouveau gouvernement wallon ne pourra pas reporter l’ambition climatique sur la prochaine législature sous peine d’être pris en flagrant délit de passivité par l’assemblée parlementaire ! Les députés wallons, au-delà des petits jeux politiciens, viennent de rappeler au gouvernement la nécessité d’agir sans délai face à l’urgence climatique et d’être cohérent par rapport aux engagements pris il y a deux ans par notre pays à Paris. Un exercice salutaire !


[1Voir les propositions concrètes d’IEW pour réaliser cet objectif http://www.iewonline.be/spip.php?article8313



 
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