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Ensemble en Burdinale-Mehaigne : un décodage original
Hélène Ancion  •  21 avril 2016  •  Aménagement du territoire

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La Fédération IEW organisait le 13 avril 2016 une visite sur le terrain, au cœur du Parc Naturel Burdinale-Mehaigne, en Hesbaye liégeoise. Voici un débriefing de ce premier Décodage, en attendant les prochains auxquels vous êtes chaleureusement invités. Et d’ailleurs, voyons d’abord ensemble ce qui se prépare !

Programme des prochains Décodages sur le terrain

Comment concevoir un espace public qui convienne à tous, y-compris à nous, visiteurs de quelques heures ? Nous irons à Molenbeek le 1er juin, pour écouter Pierre Vanderstraeten raconter comment il a cherché à capter les besoins et les envies du quartier, de la commune, tout en renforçant la liaison avec le centre de Bruxelles tout proche.

L’activité extractive intense peut-elle s’entendre avec la faune et la flore au quotidien ? Nous le vérifierons le 15 juin à la carrière des Petons, près de Florennes, avec Benoît Lussis, de FEDIEX. Chaussures de marche et gilet fluo de rigueur.

Le 6 juillet, IEW dévoilera le mode d’emploi d’un centre commercial en explorant les allées et les abords de L’Esplanade de Louvain-La-Neuve.

Les Décodages de 2016 sont gratuits et ouverts à tous, sur réservation.

L’esprit des Décodages

IEW a voulu cette année vous ouvrir des portes, vous donner des clés. D’ordinaire, les décodages donnent des clés pour mieux comprendre. Cette année, les clés vont ouvrir des endroits où on ne va pas sur un coup de tête car trop lointains, trop fermés, trop inaccessibles, difficiles à visiter seul(e)). Nous avons voulu nous offrir le plaisir de visiter avec vous des lieux foncièrement intéressants et complexes où, peut-être, vous êtes déjà allés, mais où on ne séjourne pas de la même façon quand on est « sans guide ». Le fait d’être dans un groupe accompagné permet de prendre son temps et d’enrichir la vision et la pratique de chaque participant, organisateurs y-compris.

A chaque Décodage se découvrent des enjeux particuliers. Mais une même et saine curiosité anime ces quatre descentes sur le terrain : ressentir en direct, par la vue, l’ouïe, et le toucher la réalité de contextes qu’on n’a pas nécessairement l’occasion ou l’idée de visiter.

Pour favoriser les échanges qui ajoutent de multiples dimensions à la visite, un débriefing est prévu à la fin de chaque Décodage, centré sur les questions suivantes : « Qu’est-ce que je retire de cette confrontation avec le terrain, pour ma pratique personnelle et pour ma vision de l’aménagement du territoire, de l’environnement, de la vie en société ? »

Où étions-nous ce 13 avril 2016 ? En Moyenne Belgique

La Maison du Parc Naturel Burdinale-Mehaigne est installée en bord de champs, dans la Ferme de la Grosse Tour de Burdinne, précisément dans l’aile du porche-pigeonnier qui figure en tête de cette nIEWs. Le bâtiment abrite également la Maison du Tourisme, avec son abondante documentation, dans une proximité sympathique qui facilite la vie des visiteurs. De la ferme en carré, trois ailes sur quatre restent en attente de restauration – un chantier qui doit encore se concrétiser et pour lequel les communes partenaires et la SPI espèrent des fonds européens bien nécessaires.

Gaëtan De Plaen, directeur du Parc Naturel, est à la barre de ce premier Décodage. En début de visite, il nous emmène dans les combles de la Maison du Parc pour introduire le sujet en compagnie de Nicolas Nederlandt, coordinateur de la Fédération des Parcs Naturels de Wallonie et orateur du Décodage de juin 2015 : « Habiter un Parc Naturel ». Les participants les interrogent, d’entrée de jeu, sur les obligations liées au fait de cultiver, construire, vivre ou encore mettre au point des outils d’aménagement, dans ce type de territoire. De manière naturelle, le débriefing s’imbrique dans le déroulement de la formation, sans attendre la fin de celle-ci. Outre l’interaction continue, je dois saluer à la fois la pertinence des questions et la qualité des réponses qui ont été faites.

Le Parc Naturel Burdinale-Mehaigne est le 2e plus ancien parc de Wallonie. Créé en 1991 après celui des Hautes-Fagnes (1972), il est antérieur au décret fondateur des Parcs Naturels, ce qui lui permet de faire entorse à la règle selon laquelle le territoire entier de chaque commune partenaire doit être repris dans le parc. Deux communes complètes, Burdinne, et Braives et deux gros « morceaux » pris sur Héron et Wanze constituent une aire de 10 500 hectares, limitée par la Meuse au sud. L’autoroute E42 traverse le parc d’ouest en est avec deux spectaculaires viaducs, Lavoir et Huccorgne, tandis que la chaussée romaine Bavay-Cologne (N69), au nord, y trace un curieux lacet qui trahit son origine celte , largement antérieure à l’occupation romaine. Pas de train pour accéder au parc, le RAVEL a pris la place des rails qui reliaient Hannut à Statte.

La création du Parc naturel résulte d’une initiative privée, à la fin des années quatre-vingts, en résistance contre l’installation d’une ligne à très haute-tension devant alimenter le TGV. Les autorités locales se sont ralliées à ce mouvement citoyen. Résultat : la ligne à très haute-tension a bien été posée, mais sous terre, et le parc a été institué. Les fouilles menées tout le long du trajet des futurs rails ont confirmé que l’intérêt pour ces vastes espaces fertiles ne date pas d’avant-hier, mais plutôt du néolithique, poursuivi à travers les âges du Bronze et du Fer puis durant la romanisation. Notre visite passe d’ailleurs à côté d’un tumulus, ou tombe à incinération, couvert d’arbres, un « landmark » typique des champs hesbignons. C’est le tumulus de Vissoul, datant probablement d’entre 100 et 200 après JC. Il est classé comme monument et ses abords sont classés en tant que site, depuis 1973. Au cours des siècles, plusieurs de ces monticules funéraires ont été arasés dans les environs, comme en témoigne un article de 1891 signé « Dr Tihon » et intitulé « Les tombes de Burdinne », paru dans les Annales archéologiques de Bruxelles, tome XIV. L’auteur relate sa fouille fructueuse dans ce qui ressemblait au départ à une simple bosse le long d’un chemin...

Sous son aspect tranquille et verdoyant, le Parc Naturel Burdinale-Mehaigne est le point de rencontre entre plusieurs réalités contrastées, que la visite nous a permis de décoder.

Sur le plan géoclimatique, il oscille entre continental et océanique. Sur le plan botanique, il constitue la station la plus la plus septentrionale pour l’origan et pour le buis. Sur le plan paysager, outre le lacet celte mentionné plus haut, ce large paysage d’openfield comporte des traces de « haies de herdage », une autre perturbation antique dans l’ordre parfait des choses, qui avait tout son sens lorsque le troupeau (« Herd » en anglais et en allemand) circulait sur de grandes distances le long des champs et qu’il fallait l’empêcher d’y brouter au passage.

Réintroduire des haies apporterait des reliefs intéressants, non seulement à l’œil mais aussi au sol érodé par des siècles de lissage. Elles aideraient certainement des espèces animales et végétales à prospérer. Cependant, ce serait en contradiction avec la structure agraire actuelle, perpétuellement à la recherche de plus grandes surfaces, plus unies ; ce serait aussi contradictoire avec une évolution historique du paysage. Une telle réintroduction demande donc de réfléchir en concertation pour aboutir à des propositions qui peuvent vivre avec les usagers du Parc Naturel. Nos hôtes nous confirment, en parallèle, que tout agriculteur désireux d’épandre des pesticides ou des engrais est libre de le faire. Le Parc Naturel a vocation à encourager des pratiques alternatives à l’agriculture classique ; au-delà, chacun agit en son âme et conscience. Avant notre descente sur le terrain, il venait de pleuvoir. Une nouvelle pulvérisation de produits phytosanitaires n’allait vraisemblablement pas tarder.


Chemin de remembrement entre deux champs cultivés en openfield. Vue prise depuis Burdinne vers Avennes.

Au fur et à mesure que l’on descend vers la Meuse, le relief s’accentue et les vallées se referment, avec des coteaux exposés plein sud (l’adret de l’hémisphère nord) parfois abrupts qui pourraient être plantés de vignes comme c’était le cas jusque dans les années 1860, avant les ravages de l’épidémie de phylloxéra.

Sur le plan urbanistique, d’anciens bâtiments ruraux, encore en place auprès des immenses parcelles cultivées, parsemées çà et là de bosquets de chasse, contrastent avec les villages resserrés autour d’un bocage entrelacé dans le bâti – comme le village de Ville-en-Hesbaye, par exemple. Le long des nationales, aux maisons de grand-route mitoyennes typiquement belges succèdent des lotissements récents qui forment des chapelets monotones passablement mochards. Ils témoignent de la pression immobilière très intense dans le triangle Bruxelles-Namur-Liège.


La motte de justice de Ville-en-Hesbaye. Gaëtan de Plaen nous explique comment ce promontoire historique, aujourd’hui préservé, cohabite avec des espaces publics et des fonds de jardins en plein centre du village.

Pour éveiller les habitants à la richesse patrimoniale et naturelle de leur environnement, le Parc Naturel envisage de passer par un medium hyper-efficace : les enfants. Cela colle avec sa mission d’éducation à l’environnement. Alphonse Pongo, participant à la formation, avait proposé dès la première année d’existence du Parc Naturel d’associer les enfants des écoles des différentes communes, à travers des animations et des actions en faveur de la nature et du patrimoine bâti. Il aura fallu 25 ans pour que ses idées percolent !

Une autre des missions du Parc Naturel, à travers sa charte, est de conseiller l’autorité compétente en matière de permis d’urbanisme. Il s’agit cependant d’un avis, et non d’un veto incontournable. Le Parc Naturel évite d’ailleurs de participer aux Réunions d’Information Préalable (RIP) des projets d’urbanisation, leur préférant une action en amont, un travail de sensibilisation des mandataires, des agents communaux et des habitants qui paye petit à petit. En 2008, une brochure avait été éditée pour donner forme à des recommandations en termes d’urbanisme : reculs, matériaux, implantations, ouvertures, mitoyenneté, espèces d’arbres adaptés au lieu, évolution historique et géographique du paysage. Sa maniabilité en fait, aujourd’hui encore, une référence. Toutes les situations imaginables ne peuvent être reprises dans un document, c’est pourquoi le dialogue est constamment privilégié et entretenu pour favoriser une meilleure prise en compte des subtilités de ce territoire.


Le dialogue pourrait-il avoir lieu ? Une tour à haute-tension rhabillée d’un essentage d’ardoise, à Lamontzée. A droite, la tour à haute-tension de Ville-en-Hesbaye, dans son état presque originel, du XIXe siècle. Sera-t-elle épargnée par la vague de rhabillage ? Ce serait plus que souhaitable.

Nos formations « Décodages sur le terrain » se poursuivent en juin et juillet avec trois dates et trois lieux exceptionnels... le calendrier est disponible ici.

Infos pratiques, réservation obligatoire : J.debruyne@iew.be ou 081/390750
Participation aux frais : 00.00 EUR !
Formation reconnue par le Conseil des Géomètres-Experts

En savoir plus

- L’incontournable atlas des paysages de la CPDT, dont le tome 2 couvre les plateaux hesbignon et brabançon, et déjà un avant-goût avec cette fiche paysagère.

- Les cabines électriques, un vrai patrimoine industriel, construit avec les moyens publics : J. SCHWANEN, « Vous avez dit : cabine électrique ? » et A. CHEVALIER, « Equipements électriques et patrimoine », dans Les Cahiers de l’Urbanisme n°37, Pierre Mardaga et DGATLP, décembre 2001.

- Toujours sur les cabines électriques, un site internet en particulier fait état de l’intérêt de ces petits monuments et les répertorie en images, notamment ceux qui se trouvent dans les Fourons depuis 1934 : www.jlxhonneux.be dans sa rubrique « Ma région ». dans sa liste d’entité, Burdinne et Braives manquent à l’appel, c’est le moment de compléter l’inventaire !!!

- Le Parc Naturel demande avant tout à être visité, dans le respect de ses usagers (Il paraît même qu’un blaireau s’y promène). De nombreux itinéraires sont disponibles sur carte à la Maison du Tourisme, avec des tronçons de GR à travers l’openfield et des traversées de villages où vous découvrirez quelques-unes des maisons en pan-de-bois qui subsistent à l’ouest de la province de Liège. Voici une fiche de la Fondation Rurale de Wallonie consacrée à une restauration par Luc Gabriel à Lamontzée : http://www.frw.be/fileadmin/user_upload/aau/focus_lamontzee.pdf.

- Provenance des illustrations : les photos de la Ferme de la Grosse Tour à Burdinne proviennent du Parc Naturel. Les autres photos sont d’Audrey Mathieu et Hélène Ancion.