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Ta gueule, Einstein ! (Nucléaire, oui merci)
La Pastèque  •  11 septembre 2014  •  Nucléaire

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« On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont créés » : la formule est connue et rabâchée ; je dois d’ailleurs avouer y avoir moi-même (trop) longtemps adhéré. Il faut dire que ce mix entre simplicité et radicalité à de quoi séduire les esprits en quête de philosophie clé-sur-porte. C’est inspiré comme de l’Eric-Emmanuel Schmidt, éclairé comme du Paulo Coelho et asséné par un des esprits les plus brillants que la Terre aie porté, Ladies and gentlemen, please welcome Mister Albert Einstein… ! Ledit esprit étant de surcroît hébergé dans une tronche de poster où cohabitent pacifiquement une moustache de guérillero zappatiste, les yeux de Droppy et une coiffure style Léo Ferré pré-brushing, on comprend que le propos se soit imposé comme slogan pour révolutionaires-démocrates en phase post-guévariste.
Il est toutefois plus que temps de lever l’imposture intellectuelle : sorry, Albert, mais tu te goures… Si, on résout les problèmes avec les modes de pensée qui les ont créés. C’est même le chemin le plus court vers la solution.

La tentation est grande de démont(r)er l’absurdité de la sentence einsteinienne appliquée au modèle économique qui nous gouverne mais, faute de temps et d’espace pour accomplir valablement cette grande œuvre, je vais me concentrer sur un autre sujet dont la charge passionnelle et partisanne a trop longtemps faussé l’analyse : le nucléaire. A force d’être « pour » ou d’être « contre », on a en effet oublié de le considérer tel un médecin légiste face à un cadavre, avec une indifférence impavide. En conséquence de quoi on ne le gère plus avec des « modes de pensée » mais avec des « croyances ». Remettons dès lors la raison au pouvoir.

Donc : des milliers de microfissures détectées dans les cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 ont conduit à la mise à l’arrêt de ces unités de production, principe de précaution voire sécurité élémentaire oblige. Dont acte.

Donc bis : une «  perte d’huile de la turbine à vapeur dans sa partie non-nucléaire » causée par une « intervention humaine volontaire sur la vanne de décharge du réservoir d’huile » a conduit à la mise à l’arrêt du réacteur de Doel 4, principe de précaution voire sécurité élémentaire oblige. Dont acte.

Sur base de ces éléments factuels, certains ont cru bon de (re)brandir haut et fort « la menace » et « le risque » que les centrales nucléaires feraient peser sur la population, qui plus est « dans un pays aussi densément peuplé que le nôtre où des villes comme Bruxelles, Anvers, Liège ou Namur se trouvent dans les zones exposées à une contamination ». Doel 3 et Tihange 2 seraient l’illustration des failles techniques des centrales ; Doel 4 celle de leur vulnérabilité à des actions de sabotage.
Tremblez, braves gens, on vous le dit : le danger radioactif vous guette au coin de la rue et seule la fermeture accélérée de toutes les infrastructures peut vous en préserver !

Vous admirerez, j’espère, le chef-d’œuvre de mauvaise foi. La procédure de surveillance exceptionnelle appliquée aux installations nucléaires ont montré leur totale efficacité en détectant les éléments problématiques ; lesdites installations ont été immédiatement arrêtées alors même que pas un individu, pas un centimètre carré de terre, pas la moindre goutte d’eau n’ont eu à souffrir de ces problèmekes dont le danger reste d’ailleurs à démontrer ; la filière a fait la démonstration de son efficacité en matière de sécurité et certains osent tirer parti de cette efficacité pour alimenter la défiance et la peur ! Surréaliste.

Surréaliste également les discours qui prétendent attribuer au choix du nucléaire la responsabilité du black out annoncé pour l’hiver prochain.

Certes, la mise à l’arrêt des trois unités de productions évoquées plus haut sera bien à l’origine de la pénurie d’électricité à laquelle le pays devra faire face. Mais c’est précisément la situation prédite depuis des années pour mettre en garde contre l’incurie que constituerait une fermeture décidée – et non forcée comme c’est le cas ici – des centrales ! Sans le nucléaire, c’est le chaos, la preuve en est désormais faite.
Plutôt que de concéder la véracité du constat, les opposants à l’atome préfèrent en transférer les responsabilités : le problème viendrait du mode de production massif et centralisé inhérent au nucléaire ; la dépendance trop grande à cette seule source est également mise en accusation.
Il n’est pas compliqué de démontrer l’absurdité de ces thèses. Mais pour cela, il importe, contrairement à ce que prône l’imposture d’Einstein, d’aller au terme du mode de pensée volontariste qui a permis le développement de l’industrie de l’atome. Osons l’écrire : c’est parce que, incapable de résister au lobby anti-nucléaire, on s’est arrêté au milieu du gué que l’on est aujourd’hui sous la menace des flots !

La position courageuse de personnalités telles que le philosophe libéral Corentin de Salle, le député MR David Clarinval ou les stratèges de la NVA qui osent braver le conformisme ambiant en appelant à une prolongation de la durée de vie des centrales et à une relance des investissements dans la filière mérite d’être saluée.

« N’ayez pas peur ! » disait le bienheureux Jean-Paul II ; ces élites éclairées ont fait leur cette ode à l’espérance et à l’esprit d’entreprise. « N’ayez pas peur ! » nous signifient-ils à l’encontre de discours dogmatiques où le nucléaire apparaît comme le bouc-émissaire d’un combat contre le progrès et la technologie ouvrant l’accès à des ressources illimitées. Car, in fine, derrière le rejet du nucléaire, il y a l’appel à la « sobriété » et à la « frugalité », ces cache-sexes derrière lesquels se dissimule (ô combien mal !) le rejet d’une croissance infinie. Mais comme le pointe avec sa clairvoyance habituelle Monsieur de Salle : « Vouloir la limiter, c’est manquer de foi en l’homme, c’est entraver ou enrayer le développement, c’est interdire ainsi à une majorité d’humains d’accéder aux standards dont nous jouissons et c’est, en un mot, priver l’humanité d’accomplissements aussi grandioses qu’insoupçonnés. » [1] Comment tolérer pareil obscurantisme ?

Remettons donc l’église au milieu du village et ses pendules à l’heure !

Si une hypothèque pèse aujourd’hui sur notre approvisionnement électrique, c’est parce que nous n’avons pas voulu investir davantage dans le nucléaire. Avec davantage de réacteurs en activité, nous pourrions aisément faire face à l’arrêt provisoire ou définitif de quelques-uns d’entre eux. Et lorsque tous seraient opérationnels, nous nous retrouverions exportateurs plutôt que demandeurs sur le marché européen. Win-win.

Si le nucléaire coûte cher, que dire des certificats verts et autres inventions technocratiques des démagogues du renouvelable ! Au moins, ici, l’argent public investi profite à l’ensemble de la communauté. La construction de nouvelles centrales génèrerait en outre un formidable vivier d’emplois dans de nombreux secteurs et offrirait l’opportunité de développer des compétences pointues. Win-win.

Et quand on objecte que l’implantation d’une infrastructure nucléaire exige des surfaces dont ne nous disposons pas, on occulte sciemment que l’Ardenne, pour ne citer qu’elle, regorge de vastes territoires inexploités particulièrement propices. Qui plus est, cette région économiquement défavorisée trouverait là une formidable opportunité de développement. Win-win.

Le professeur Istvan E. Marko, chimiste de renommée mondiale, président de l’European Chemical Society, professeur à l’Université catholique de Louvain et Drieu Godefridi, auteur libéral belge, docteur en philosophie également titulaire de masters en droit et philosophie et d’un DEA en droit fiscal, deux sommités intellectuelles qui dressèrent déjà leurs neurones face à l’imposture du réchauffement climatique, ont révélé dans un texte récent [2] le complot qui se trame contre le nucléaire et conséquemment le portefeuille du consommateur énergétique belge : « Le problème électrique belge est né de l’idéologie antinucléaire, savamment orchestrée depuis des années par divers groupes de pression écologistes et financiers. La croyance aveugle dans la production d’électricité par ce que le patron de la FEB appelle pudiquement « les énergies alternatives », nous a conduits au désastre actuel. Une minorité agissante est parvenue à faire croire – même à la FEB, semble-t-il – qu’il faut produire de l’électricité avec la source d’énergie la plus chère, la plus compliquée, la plus consommatrice en subsides (étatiques), la plus aléatoire et celle qui exige de revoir de fond en comble le réseau électrique ? : le « renouvelable ». »

Alors, non, ne changeons pas notre mode de pensée dès que se présente un soit disant problème. Au contraire, obstinons-nous ! Ne laissons pas les fossoyeurs de l’atome mener à bien leur funeste travail. Car il en va pour le nucléaire comme pour le libéralisme, lui aussi objet d’attaques aussi sectaires qu’infondées : ce n’est pas le mode de pensée qui est cause des dysfonctionnements mais les freins qui viennent entraver sa libre et totale mise en œuvre !




 
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