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Jouez au jeu de l’habitat éparpillé
Hélène Ancion  •  29 novembre 2011  •  Aménagement du territoire  •  Habitat / Logement

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Le territoire finit par ressembler à une vraie dentelle ! La Fédération a réalisé un poster recto-verso visant à sensibiliser aux enjeux sociaux et environnementaux de l’étalement de l’urbanisation. La première face présente les conséquences désastreuses de ce phénomène, sous forme de courts textes et de gags façon dessins de presse. Le verso consiste en un « jeu de l’oie » qui permet de découvrir au fil des cases les impacts connus et moins connus des lotissements éparpillés dans la campagne wallonne. Ce poster est disponible gratuitement sur simple demande via info@iewonline.be. N’oubliez pas de préciser vos coordonnées postales et le nombre d’exemplaires souhaité.

Voici les règles du jeu de l’oie à la sauce Aménagement du territoire. Vous pouvez les télécharger en vue de les imprimer en cliquant ici. Bon amusement !

Ce jeu se joue avec un dé à six faces et de deux à six joueurs. Il emprunte au jeu de l’oie ses cases de mauvaise fortune : le pont, le labyrinthe, la prison, l’hôtel, le puits et la tombe. Toutes les cases intermédiaires comportent une historiette et des actions à effectuer.

Le jeu commence en jetant le dé, chacun à son tour. Le plus haut chiffre commence la partie. Ensuite, le jeu tourne dans le sens des aiguilles d’une montre.

Le premier joueur arrivé pile à la case 41 gagne la partie ; il perd du même coup au jeu de l’habitat éparpillé ! Le joueur dont le résultat aux dés passe la case 41 décompte ce qu’il lui reste de points en se déplaçant à reculons sur les cases finales, comme dans le jeu de l’oie classique.

1

Un puissant vrombissement vous parvient de la maison au numéro 1 : c’est la pompe anti-remontée de nappe phréatique en pleine action dans la cave. Il y a un demi-siècle, le site du « Clos des Roselières » était un marais sur lit schisteux, dont il reste une petite mare, appelée zone humide dans un projet de PCDN enfermé dans une armoire à la Commune. La mare occupe quelques fonds de parcelles de ce côté du lotissement. Toutes les maisons concernées doivent régulièrement pomper pour éviter d’être envahies par l’eau souterraine. Vous courez quatre cases plus loin pour trouver un peu de calme.

2

La maison du numéro 2 est occupée uniquement le week end, par un richissime couple sans enfant et sans animaux. Chaque année, le couple renouvelle sa proposition à IEW : héberger gracieusement tous les salariés de la Fédération Inter-Environnement Wallonie, en-dehors des week ends et jours fériés. Il y a tellement d’espace ! Chaque année, IEW refuse : éloignement de toute gare ou station, pas de bus, le cahier des charges du lotissement proscrit ce type d’activité tertiaire. Essayez de trouver un bon motif pour accepter la proposition, ou passez le tour suivant !

3

« Ne coupez pas nos arbres » est le slogan d’une affichette collée sur la barrière du numéro 3. Intrigué, vous lisez le texte au-dessous du dessin : « Non au lotissement Les Charmilles - Non à la destruction du bosquet de feuillus du Fond-de-Balle. Ce bosquet est le dernier témoigage (sic) d’une nature champêtre qui nous a fait venir habiter ici. Pour nous soutenir, affichez ce poster bien en vue et participez à l’enquéte (sic) publique. Nous vous remercions tous de votre support, les Habitants du Clos des Roselières ». Confondu, vous passez un tour.

4 - Le Pont

Une annexe vient d’être ajoutée à la villa du numéro 4 ; il s’agit d’un sauna-jacuzzi extérieur-intérieur avec placage en demi-rondins de bouleau norvégien, en parfaite infraction aux prescriptions du lotissement. La grue qui l’a installé est à présent en cours de démontage. Elle est tellement longue qu’elle enjambe la haie vers le numéro vingt ; vous vous glissez dessus et, ni vu ni connu, vous voilà à la case 20.

5

Ah qu’il fait tranquille ici ! Dans la maison du numéro 5 comme dans beaucoup d’autres du lotissement, il n’y a personne en pleine journée. Dans le jardin, personne non plus, à part un Cupidon en pierre reconstituée, son arc à flèches enfoui dans les branches molles d’un Surfinia couleur ceinture de cardinal. La pelouse vous tend les bras, vous vous couchez, et hop un petit somme jusqu’à ce que le dé revienne.

6

Graminées, graminées. Vous sonnez au portail du numéro 6, pour votre consultation avec l’allergologue. La voix du parlophone vous invite à franchir la grille, à éviter le chien, à remonter l’allée de droite, à entrer sans frapper par la porte du garage de gauche. Le temps d’effectuer ces man½uvres, vous avez complètement oublié si vous venez chercher vos résultats de test ou ceux de votre mère.

7

Vous passez devant le numéro 7 à l’instant où en sortent deux messieurs très affairés, les bras remplis de dossiers. Une feuille A4 s’échappe des liasses et volète vers vous. Son titre est plutôt disco : « Effets stroboscopiques à différentes périodes-clés ». Vous la rendez au monsieur le plus proche, qui aussitôt se présente : « Gilles Vande Perepotbloemkus, ingénieur-conseil. Ces tableaux décrivent un projet de parc éolien à implanter sur le territoire de la commune voisine. » Avec une infinie gentillesse, Gilles vous explique comment, à certains moments de la journée, les mâts et les pales des éoliennes pourraient jouer à cache-cache avec le soleil, créant une ombre saccadée qui elle-même pourrait provoquer sur la rétine une impression hypnotique. Fort impressionné par son propre discours, Gilles vous glisse sa carte de visite et rejoint son jumeau dans un énorme monospace. Plus rapide qu’eux, vous êtes déjà au numéro 39, leur prochain rendez-vous.

8

C’est incroyable à quel point la maison du numéro 8 et du numéro 24 se ressemblent… dressez la liste des sept différences, ou reculez jusqu’au numéro 3 !

9 - L’Hôtel

Il y a eu une occupation humaine avant que le Clos des Roselières se construise. De cette culture antérieure, subsiste un cossu manoir à trois niveaux. C’est le numéro 9. Au milieu des bungalows et autres « rez + 1 max » de rigueur, il trône, imposant et incongru. Les propriétaires actuels vous font visiter le parc et chaque chambre en expliquant que depuis vingt ans ils s’acharnent à transformer leur bien en Bed&Breakfast, mais qu’à chaque tentative il suffit d’un seul autre propriétaire du lotissement pour réduire leur projet en miettes. La question du charroi revient à chaque fois sur le tapis, alors qu’ils ne comptent loger que deux familles de quatre personnes maximum.
Vous passez deux tours à tester les excellents plats qu’ils comptent servir au déjeuner.

10

Pas mal l’ensoleillement du jardin au numéro 10 ! Des bruits d’apéritif émanent du numéro 11, puis c’est la tête du voisin au-dessus de la haie mitoyenne. Bientôt, le voilà tout entier qui crie : « Viens nous rejoindre, tout le monde est déjà là ! ». Vous le suivez par ce qui semble être un passage officiel entre jardins, et vous voilà à la case 11.

11

Du jardin du numéro 11, on a une très belle vue sur champs et, comme il communique avec celui du numéro 10, on voit double ! Les deux familles ont dû guerroyer contre les autres habitants du clos pour faire admettre le passage piéton à travers la haie entre leurs propriétés voisines. Des jaloux prétendent encore que le but est purement spéculatif. Vous laissez dire et contemplez à votre aise le paysage champêtre jusqu’au tour suivant.

12 - Le Puits

Le propriétaire du numéro 12, entrepreneur entreprenant, a carrelé sa zone de cours et jardins dans un souci de propreté. Il vous décrit sa manière de supprimer les mauvaises herbes malgré la sciatique : "Un quart de litre de désherbant par touffe, et hop, on n’en parle plus !" Vous reculez rempli d’effroi jusqu’à tomber dans le puits décoratif, carrelé lui aussi. Restez-y jusqu’à ce qu’un joueur arrive sur cette case et vous sorte du puits.

13

La villa du numéro 13 ressemble à un haut-parleur géant. De son double garage ouvert, elle bombarde le « without youuuuuuuuu » final d’une chanteuse à voix. Quand commence un autre tube dégoulinant, vous avez déjà fui au numéro 15.

14

Une voiture s’arrête devant le numéro 14 à votre hauteur et la conductrice demande « - C’est ici le Clos des Rosières ? » , « - non, ici c’est les Roselières Madame. Et bonjour, tant qu’on y est. » « - C’est pareil, j’ai un colis pour les gens du 22, je ne peux pas traîner, vous pouvez leur remettre à ma place ? Vous êtes à pied, c’est plus facile. » Pas le temps de dire non, vous voilà chargé d’une caisse couverte de plastique à bulles. Allez (cou-) rageusement au numéro 22.

15

La famille qui habite au numéro 15 croit fermement en la part de chacun dans la reconstitution de la biodiversité. Elle a donc choisi de parrainer les chauves-souris du clocher de l’église, à 700 mètres à vol de grand-duc de leur maison. Cependant, vu qu’aucun membre de la famille ne veut loger dans le presbytère, la mission s’avère impraticable. L’association qui comptait sur eux leur a déjà proposé de se rabattre sur les chauves-souris du lotissement. Mais de cela, pas question : au cas où les voisins apprendraient que des pipistrelles habitent le clos des Roselières, ce serait la fin des haricots. Simulez le dégoût des habitants, pour convaincre vos compagnons de jeu de vous laisser rejouer.

16

Prévenus par les propriétaires du numéro 16 que le fond de la parcelle, était un peu fangeux, les locataires y ont installé une colonie de reinettes achetées sur Internet. Tout le monde rouspète sur leur zone humide improvisée, parce que « ça sent la grenouille ». Les locataires eux-mêmes vous interrogent : « Sont-elles vraiment obligées de tomber amoureuses toutes ensemble ? » et ne vous lâchent qu’au tour suivant.

17

La villa du numéro 17, tous volets baissés, bourdonne comme une ruche. Caché derrière la boîte aux lettres en forme de menhir, vous regardez des gens sortir au compte-goutte par la porte de la cuisine. « C’est trop dur pour moi. La dernière fois que j’ai tenté un retour en ville, il a fallu six mois pour m’en remettre. Je n’ai même pas osé t’en parler » dit une dame à son compagnon, qui renchérit : « Il n’y a que des rues défoncées, du parking sauvage et des abrutis. Je ne comprends pas à quoi servent ces séances d’autosuggestion. Nous à la campagne, nous sommes beaucoup plus policés ; finalement, on se demande qui c’est les plus urbains. Je ne veux retourner pour rien au monde ». Ils s’engouffrent dans leur 4x4 et roulent jusqu’au croisement suivant où vous les voyez entrer au numéro 6. Vous gardez votre cachette pour entendre discuter d’autres membres du club. Mais au fait, quel est le nom de ce club ?
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18

Une trampoline pour le numéro 18 ! Ravi de son achat, le propriétaire a décidé d’organiser un mini-marathon multisports se terminant sur ladite trampoline. Il guette depuis son seuil les enfants qui se sont inscrits. Il pleut. Personne ne vient. Les gaufres ont refroidi. Personne n’a essayé de le prévenir. Il vous voit passer et propose de venir tester le matériel. Vous acceptez et rebondissez jusqu’à la case 20.

19

Devant le numéro 19, vous trouvez une caisse remplie d’affiches contre la destruction du bosquet de feuillus du Fond-de-Balle, trempée par la pluie, et sa propriétaire, trempée aussi. Vous lui demandez pourquoi elle met au tri sélectif des affiches encore d’actualité. « Parce que je me suis fait bien attraper, voilà pourquoi. » Elle explique avoir voulu coller deux affiches dans le chalet qui sert d’arrêt de bus dans le village, pour toucher une plus grande audience. En tant qu’éditeur responsable, elle a reçu un pro-justicia. Elle ne veut rien entendre de votre explication sur l’affichage dans les lieux publics ; vous mettez les voiles jusqu’au tour suivant.

20

Dans sa belle et grosse hybride, le carrier du numéro 20 remonte l’allée carrossable avec son épouse à qui il annonce : « Si cette nuit j’entends encore un seul CLIKITCHIKI de moissonneuse-batteuse, je leur vide nos extincteurs dans la tronche. D’ailleurs, ils sont périmés, ça tombe très bien. » « -Mais enfin, coco, c’est seulement pour quelques jours, enfin quelques nuits, et puis c’est toi qui a choisi la parcelle, la dernière constructible avant la zone agricole. Et puis tu veux que nos enfants mangent du pain à la neige carbonique ? » « -C’est pas du grain pour nous, c’est pour faire du tourteaux pour les bêtes, Madame je-sais-tout » « - oui, eh bien alors pense une bonne fois au bruit que tu fais la journée dans ta fosse d’extraction avec tous tes camions pas bâchés qui roulent comme des cow-boys, je sais que tu n’as même pas voulu lire les réclamations des riverains. » Elle sort de la voiture et claque la porte si fort que vous êtes soufflé au bas de l’absence de trottoir. Attendez-y que le dé revienne.

21

Graminées, graminées bis. La camionnette d’un fabricant de müesli bio freine devant le numéro 21. Le conducteur vous interpelle : « Vous êtes la première personne depuis la sortie d’autoroute, j’aimerais savoir comment contacter les habitants du lotissement pour qu’ils viennent à ma démonstration. » Vous répondez que pour l’heure il n’y a pas grand monde dans le Clos des Roselières et que ce serait mieux de revenir avec un porte-voix à 18h30. « -18h30, c’est le moment idéal pour évaluer l’impact de mon produit sur une population de classe moyenne ? » « - Oui, et un bon truc c’est de vous garer devant une allée de garage ! » « - Hahhaha !!! » « - Non mais sans rigoler, je ne vois pas où vous pourriez réunir les gens, il n’y a pas d’espace public piéton et vous ne pouvez pas bloquer la voirie. Par contre, si vous allez au village, c’est à 1 km par la route romaine, il y a une place avec une estrade. » « - Mais ce n’est pas le bon public ! » Quelle solution va-t-il choisir pour faire sa dégustation ? Passez le tour suivant à résoudre ce profond dilemme.

22 - Le labyrinthe

Chez les destinataires du colis encombrant de la dame en auto, vous cherchez en vain la sonnette. La barrière est ouverte : vous entrez. Il y a tellement de plantations que la maison refuse de se laisser voir. Au bout d’un moment de tournicotage, voilà une façade. Devant la porte, une boîte aux lettres si grande que le colis y entre sans problème. Bon débarras ! Sauf que vous avez involontairement reculé à la case 6.

23

L’occupante de la maison du numéro 23 est en ce moment dans sa voiture à l’arrêt, moteur allumé, de travers entre la chaussée et son portail. Vous contournez le véhicule et ne perdez pas une bribe de sa conversation téléphonique : « Tout à l’heure, je faisais la file au shopping Center, j’avais qu’un tout petit caddie, donc voilà, je me mets à côté d’une bonne-femme avec son tank super chargé, au bout d’un temps elle me dit juste pour moi « peut-être vous voulez passer devant, Madame, faites-le alors, mais la prochaine fois, demandez . Je ne me suis pas laissée démonter, j’ai lancé pour tout le monde que j’en avais rien à faire de sa place, que je faisais la file comme je voulais et que si ça la gênait que je sois pas derrière elle mais à côté je voyais vraiment pas en quoi ça la regardait et qu’elle avait qu’à pas faire des courses si elle voulait pas voir d’autres gens, que j’étais pressée et que franchement pour un si petit caddie comparé à son gros caddie à la con, elle pouvait quand même me la laisser la place. Je l’ai vue sur le parking après, la gène pas possible : elle rentrait à pied en traversant tout le parking – oui, A PIED je te dis ! bon ben voilà et tu sais quoi ? je l’ai revue encore quand je suis passée par la barrière à ticket de fidélité. Elle habite juste au bord du shopping, tu sais, les quatre affreuses baraques qui restent au coin, j’hallucinais quoi. Je me dis elle peut venir quand ça lui chante, elle habite juste en face, et elle vient m’asticoter devant tout le monde. Ben oui tu penses bien : j’ai râlé tout le trajet, je vais aller faire une heure de step pour me remettre. » Steppez jusqu’au tour suivant pour vous remettre d’aplomb.

24

Vous êtes dans la cuisine du numéro 24, la maison qui ressemble tant au numéro 8. On dirait une caverne d’Ali Baba pour les amateurs de légumes en bocal. La propriétaire fait des conserves qu’elle écoule en échange de services : « Car les règles du lotissement figurez-vous, interdisent tout commerce de proximité et tout Horeca. Ca me va très bien de troquer, c’est comme ça que je paye ceux qui m’aident à récolter ou à stériliser, mais personnellement j’aimerais encore bien qu’il y ait un petit café, on n’a vraiment pas d’endroit ». Vous contemplez un gigantesque flacon de cornichons « Ce sont des mini-courges au vinaigre, je les ai préparées pour Helmut, qui nous a encore débarrassés de trois sangliers le mois passé. Personne ne lui a dit merci, c’est honteux. Il y en a même qui ont téléphoné à la SPA pour le dénoncer, mais ils se sont fait retourner comme des crêpes, parce qu’il y a justement trop de grand gibier. Des fois, je me demande si le voisinage est au courant d’où on vit et de ce qui se passe. » Sur son conseil, vous passez un tour pour goûter les topinambours qu’elle vient de faire rissoler à la poêle.

25

Le bourgmestre habite au numéro 25. Comme il le dit lui-même : « Nous avons tiré le bon numéro ». La commune s’enorgueillit de son parc d’activités passif, de son hall sportif avec piscine olympique chauffée aux effluents d’élevage et de sa piste d’ULM. Le hic, c’est qu’entre ces hauts lieux de la vie communale, il n’y a que des rubans de macadam sans le moindre trottoir. Pour relier le lotissement et le c½ur du village, là où se trouve la maison communale, pas de trottoir non plus. « On fait tout en voiture, c’est normal, on est à la campagne » explique à qui veut l’entendre le premier fonctionnaire, qui ne cache jamais sa fierté d’avoir conquis les voix des citoyens ruraux. Sur le sentier en gravier, vous trouvez un bloc de brouillon. Vous déchiffrez quelques lignes d’un projet de discours : « Pour vivre heureux vivons cachés. Nous n’avons pas besoin de la ville. Nous assumons notre excentration (sic) qui nous épargne bien des ennuis. » Vous ajoutez au bas de la feuille « Et le pic du pétrole, il joue de la grosse caisse dans la fanfare ? », puis vous remettez le bloc dans l’allée, ni vu ni connu.

26

A la barrière du numéro 26 sont attachés un caniche noir minuscule et un écriteau « Promenez-moi svp ». Un peu distrait, vous laissez le chien et emmenez le panneau faire un tour. Personne ne vous remarque, puisque à part vous et le panneau, personne ne circule dans le clos.

27

« C’est un petit bonheur / Que j’avais ramassé / Il était tout en pleurs / Sur le bord d’un fossé » La chorale de l’Entre-Gette-et-Dyle répète dans le double garage du numéro 27, passionnément et à voix basse. Bien que ses membres soient, sans exception, des ressortissants du clos, ils craignent de se faire verbaliser pour tapage diurne. La chef de ch½ur susurre : « Madame, ramassez-moi, chez vous emmenez-moi : à votre avis, pourquoi Félix Leclerc fait-il dire « Madame » au petit bonheur ? » « - Parce que vous chantez la version de Dalida, voilà pourquoi ! » rétorque la dame du numéro 19, qui s’est introduite dans le garage pour distribuer ses affiches contre le lotissement des Charmilles. Tiens, elles ne sont plus mouillées.

28

Le couple du numéro 28 est spécialiste en compost de poney. De temps à autre, ils ramènent des échantillons pour tester sur leurs plate-bandes. Aujourd’hui, ils ont carrément ramené un poney. Les petits garçons du numéro 29 l’appellent à tue-tête par les fenêtres de leur chambre. La dame les avertit : « - Fermez vite tout ça, ou vos parents vont encore dire que ça sent mauvais ! » « - On peut venir ? » demande le plus petit frère. Mettez en scène la suite avec vos compagnons de jeu.

29

Les propriétaires du numéro 29 sont très actifs. Monsieur supervise la réaffectation de friches industrielles en logements de standing et Madame est conservatrice d’un éco-musée. Ils ont fait construire voici deux ans leur villa basse-énergie. Depuis, ils angoissent car ils trouvent la parcelle fort petite, et ils ont même l’impression qu’elle rétrécit. Leurs enfants veulent toujours aller voir ailleurs, par exemple chez des amis qui n’ont pas de jardin. C’est à n’y rien comprendre.

30

Dans le jardin du numéro 30, quelques transats vides attendent les membres du collectif « Envie d’abeilles – Abeilles en vie ». Le groupe est dans la véranda, en train de relire sur écran le texte à envoyer au bourgmestre. « - Commune-Maya, ça sonne vraiment moche ! » « Non, pas quand le ministre le dit, je trouve. » « - Si notre maïeur a envie de faire le borné, on pourra danser sur notre tête ! » Du fond de votre transat vous criez : « J’ai envie d’abeilles ! ». Le groupe éclate de rire et vous apporte de la limonade et des chips que vous savourez jusqu’au prochain tour.

31

Au bas de l’allée du numéro 31, une discussion enflammée entre deux dames : « - Je ferai une crèche si je veux ! » « - Tu ne sais pas t’occuper des enfants, c’est moi qui m’occupe des tiens ! » « - C’est tes petits-enfants, moi je travaille ! Je veux un travail plus cool et sans déplacements. De toute façon moi ce sera la gestion, Lynda fera les menus et mon amie kiné que tu ne connais pas et une puéricultrice. » « - C’est n’importe quoi ! Lynda est diététicienne Weight-Catchers ! Je refuse que tu utilises notre maison pour faire une crèche. Je vais avertir l’ONE. » « - Je m’en fous de l’ONE, ce sera une crèche privée ! » « - Mais tu n’as rien compris, s’il n’y a pas d’agrément ONE il n’y a pas de crèche du tout ! Pourquoi tu n’ouvres pas un chenil ? » Vous tentez d’éviter d’être mêlé à la conversation jusqu’au tour suivant.

32

Chez le notaire, au numéro 32, vous patientez en regardant un poster de la salle d’attente intitulé « Extrait de l’Atlas des chemins et sentiers vicinaux ». Incroyable, un atlas pour des sentiers ! Vous saviez que ça existait pour les planètes et l’économie mondiale, mais pas pour un morceau de commune belge. Décidément, on aura tout vu ! Le notaire surgit dans votre dos «  - Alors, vous aimez les cartes ? » « - Je j’a-jadore ça en fait. »
Trouvez dix exemples de cartes pour l’impressionner, jusqu’à ce qu’il se rappelle la raison de votre visite, au tour suivant.

33 - La prison

Grâce au parlophone décroché, vous entendez tout ce qui se dit à l’intérieur du numéro 33 : « - Oh mon loulou oui mon loulou ! » « - Mmmmgrmmm ! ». Décidé à venir en aide à l’intimité de ces personnes, vous franchissez le portail pour aller raccrocher le parlophone. Au sommet de la butte plantée de cotoneasters, une porte béante laisse dépasser le train arrière d’un énorme berger danois couché dans le hall du numéro 33.
Sa maîtresse le félicite à n’en plus finir et vous toussez un bon coup pour attirer son attention. C’est réussi. Elle hurle un « Que faites-vous là ? » qui met le molosse sur ses pattes en moins de deux. La porte se reclape, vos jambes se dérobent, la dame vous attache à l’escalier avec deux laisses qu’elle fixe ensuite sur le collier de Loulou. Vous voilà bien remercié : pour avoir voulu protéger l’ordre public, c’est vous qui devrez rendre des comptes à la police ! Attendez qu’un autre joueur vienne vous remplacer dans cette situation inconfortable.

34

Dehors à l’heure du JT. Dix-neuf heures trente passées, une voix vous fait sursauter, qui vient de la haie du numéro 34. « Souvenir de Nivelles, tu m’en diras tant, des souvenirs de Nivelles ! » (au Clos des Roselières, il faut être ivre-mort pour rater le Journal télévisé. Pas de doute, ce type est saoul) « A part pour la fiscalité, Nivelles c’était top, c’est pas une ville diluée ça, c’est pas le dortoir, ils ont su se tenir, quoique – virgule, s’il vous plaît, je continue. Quand j’habitais en mitoyen, pas besoin d’aller loin. Ici ça m’a coûté fort cher pour faire plaisir aux beaux-parents, qu’on aie l’air d’être quelqu’un. Maintenant on nous a changé le Syndic, c’est un triste sire. L’autre aimait venir jouer au whist avec moi, Edmée et Ronny. Monsieur Nouveau Syndic veut qu’on s’organise pour les poubelles. » Une voix gargouillante lui répond : « Maintenant, je vais te dire ce qu’il y a maintenant : il n’y a plus de nation, il n’y a que des quartiers chics comme le nôtre qui réussissent à tenir les choses ensemble. » Vous vous demandez s’il y a une bulle à verre dans le clos et poursuivez votre chemin.

35

Dehors à l’heure du JT bis. Dans les buissons du numéro 35, d’autres voix accrochent votre oreille : « -Tu as combien ? » « - Vingt-deux cinquante. » Le plus grand des deux ados vous aperçoit, ferme la bouche avec un air impénétrable. La fille reste de profil et articule : « Vous êtes de la Police ? » « - Non, pour quoi faire ? » « - On ne vous connaît pas, on ne vous a jamais vu, vous n’avez rien à faire ici, je vais appeler la Police. » Vous faites remarquer que la voirie est communale et publique. Ils se regardent en levant les yeux au ciel. « - Si vous allez jusqu’au Shopping, vous nous prenez avec ? On doit aller au DVD, c’est super important. » « -Vous voulez louer des DVD ? De toute façon je suis à pied, je ne vous suis d’aucune aide. » Le mec parle enfin, sans quitter la fille du regard : « - C’est un café, le DVD. J’ai des potes qui nous attendent. Ma mère limite que je sorte à deux soirs par semaines comme ça elle n’use pas trop d’essence. J’ai dépassé mon quota mais le père de Magali peut nous prendre en rentrant de sa pause. » Magali conclut : « -Il faut juste un lift pour y aller quoi. » Vous leur conseillez l’autobus en indiquant que « le bus, ça déchire ». Ils vous répondent : « Surtout quand il n’y en a qu’un par jour, pauvre tache ! » et vous rejouez.

36

Sur l’allée carrossable du numéro 36, un homme donne de grands coups de pied dans un jerrican vide. Vous apercevant au-delà du portail, il vous invective : « La station-service la plus proche est à 7km. Ma fille est coincée à l’école où je suis sensé passer la chercher dans une heure. C’est à 13 km, elle ne peut quand même pas revenir à pied ! ». Vous vous risquez à proposer votre plan, lequel consiste à contacter l’école pour – 1. prévenir de changement de programme (il n’y avait pas pensé) ; – 2. demander l’horaire de la ligne de bus qui s’arrête dans le village (il n’était pas au courant) ; – 3. confirmer qu’il attendra sa fille à l’arrivée du bus. Il grommelle d’abord qu’il est en télétravail, pas organisateur de marches ADEPS, puis téléphone au directeur de l’école, en vous regardant comme s’il faisait ça pour votre petit plaisir. Puisqu’il ne connaît pas le chemin vers l’arrêt de bus depuis le lotissement, vous lui conseillez de prendre contact avec l’afficheuse du numéro 19. Vous devez vous changer les idées : rejouez !

37

Le secrétaire communal vous reçoit sur un banc fixé dans l’allée de garage du numéro 37. « Si j’étais maïeur, j’aime autant vous dire que je ne pourrais pas remplir ma tâche avec tout ce qu’il faut courir à gauche à droite. Depuis mon accident, je ne conduis plus. Mais je n’ai jamais autant réfléchi aux autos ! L’avantage de mon métier, c’est qu’on me raconte beaucoup de choses et que quand je pose des questions, les gens me répondent. Je suis un peu obsédé par la pénurie en carburant alors je fais un sondage : je peux vous dire que les gens vont s’entretuer comme des chiens enragés. » Il regarde votre montre : « Oh, il est déjà tout ça ? Je vais rater la répétition. » Vous acceptez de le pousser jusqu’au numéro 27.

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Le propriétaire du numéro 38 avait tant rêvé de ce déménagement de la Flandre Orientale vers le Hainaut Occidental. Dans le catalogue de l’agence immobilière, la villa Sylvie était « omringd door luxuriante vegetatie compleet met waanzinnge (sic) uitkijkpunten », le soleil jouait de ses mille rayons sur les larges panneaux vitrés, l’allée carrossable était ponctuée par un box en cèdre patiné gris bleu tellement raffiné. Maintenant qu’il a franchi le pas, il se mord les doigts. Son désappointement a commencé par la haie de thuyas préplantés, déjà haute comme le genou. Le garage de briques lui a emboîté le pas, avec cette prescription incontournable, propre au lotissement : aucun bardage en bois n’est autorisé, ni sur les annexes, ni sur le corps de logis. « Mais sur mon corps je peux ou quoi ? » s’exclame-t-il tout haut en roulant les R. Vous compatissez, d’autant plus qu’il n’a pas encore vu sa nouvelle maison de l’intérieur, avec ses larges panneaux vitrés que la lumière inonde au point d’imposer stores, tentures et persiennes en permanence. Pour échapper à l’orage de désespoir, vous courrez jusqu’à ce que le dé revienne.

39

Un plombier sort de sa camionnette devant le numéro 39 avec son apprentie qui se dégourdit les jambes en faisant des figures de kung fu. Il sonne au portail, pas de réponse. « Fourte, deux litres de diesel à chercher sa maison et maintenant elle n’est pas là. Qui va me payer mon déplacement ? Il faut quand même bien qu’on travaille ! Adeline, tu vas cesser le Bruce Lee un petit peu deux minutes, on est chez des gens ici s’il te plaît. » A ces mots, la barrière où il est appuyé s’ouvre avec un BZZZZZ et une dame apparaît dans le cadre d’une porte-fenêtre, là-haut sur la butte en rocaille : « Venez preux chevalier réparer notre fuite dans les méchants égouts ! Bon sang que j’aime les petits métiers. Oh vous avez une jeune fille avec vous. Il faut de tout pour faire un monde, n’est-ce pas ? Je vous sers un verre ? » Reconstituez la scène en mime et tâchez de réparer la fuite jusqu’au tour suivant.

40 - La tombe

Les propriétaires du numéro 40 viennent de décéder, durant leurs vacances à Monastir ; on ne les a pas encore rapatriés. Le mélange de produits désherbants répandu par précaution sur le jardin avant leur départ a décoloré et défolié même la haie de clôture. Vous examinez les curieux insectes en format extra-large qui pullulent dans le talus quand un malaise vous saisit et vous terrasse.
Le lotissement entier vous ramène en grande pompe à la case 1. C’est reparti pour un tour.

41

La case 41 a été écrasée par les cases précédentes ! Au jeu de l’habitat éparpillé, personne ne gagne…

Fin, et merci d’avoir joué avec nous !




 
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