Jusqu’où iront les chefs d’Etat ? Jusqu’où portera l’onde du coup de gueule de Nicolas Sarkozy ? Jusqu’où le courage politique pourra-t-il s’affranchir des agendas électoraux, de la puissance des lobbies de tous poils, des agendas cachés et des égos surdimensionnés ? Jusqu’où placeront-ils la barre pour éviter à la planète et à l’humanité les affres d’un effondrement climatique ?
A l’heure de l’arrivée de Barack Obama dans la capitale danoise, à l’heure où rien n’est joué mais beaucoup semble perdu, à l’heure où la Belgique semble plus frileuse que jamais, un seul document attire notre attention. Ce texte confidentiel, dont nous vous livrons le lien, est un draft daté de mercredi soir. Que nous dit-il ? Une chose très simple : la somme des engagements actuels des pays industrialisés mis sur la table à Copenhague afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre conduirait la planète droit à la catastrophe. Voici les conclusions de ce document : « Alors que les parties se sont engagées à prendre des actions fortes avant et après 2020, les émissions globales atteindront leur pic après 2020 et resteront sur une trajectoire non soutenable qui pourrait conduire à des concentrations égales ou supérieures à 550 ppm (particules par million de CO2 dans l’atmosphère) avec une température équivalent à 3 ° pour ces concentrations. »
Malgré tous les discours actuels et la détermination feinte ou réelle affichée par de nombreux leaders européens, il semble peu probable que la communauté internationale parvienne à réellement engager une décroissance des émissions mondiales à partir de 2015. C’est pourtant la date critique si l’on veut limiter le réchauffement à 2 degrés d’ici la fin du siècle, en réduisant de 80 % les émissions dans les pays industrialisés d’ici 2050.
Deux degrés, le Graal de défenseurs de la planète ? Cet objectif serait loin de nous prémunir contre l’aventure climatique. « La question de savoir si on laisse disparaître l’archipel polynésien de Tuvalu de la carte par la montée des eaux relève d’une décision politique, pas scientifique », remarque Jean-Pascal Van Ypersele, vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). « L’objectif de + 2°C derrière lequel se sont rangés de nombreux chefs d’État, y compris lors des derniers G8 et G20, ne figure pas dans la Convention climat qui fixe l’objectif de stabiliser les émissions de GES à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique . »
Défendu par plus d’une centaine de pays en voie de développement tout au long de la quinzaine, l’objectif de limitation à 1,5° se heurte à un problème de taille. Le Giec, qui est l’assise scientifique aux décideurs, n’a pas étudié les scénarios de limitation des émissions de gaz à effet de serre pour maintenir l’augmentation des températures à ce niveau d’ambition. Mais d’aucuns savent ce que cela signifie : « Pour s’orienter vers un réchauffement inférieur à +2°C, il faudrait atteindre le zéro émission vers 2050 et avoir des émissions négatives à la fin du siècle, note Jean-Pascal van Ypersele. Cela signifie qu’il faudrait ne plus émettre de gaz à effet de serre et pomper du CO2 de l’atmosphère... » En d’autres termes, limiter le réchauffement à 1,5 degrés signifierait de stabiliser les concentrations de dioxyde carbone dans l’atmosphère à 350 particules par million... Irréaliste ? Ce n’est pas l’avis de l’association « 350 » qui, en moins de deux ans, est parvenue à faire passer ce message d’une façon extrêmement dynamique aux quatre coins de la planète. « C’est une campagne mondiale qui est basée sur la logique de travail en réseau et de visibilité positive pour sensibiliser l’opinion et les décideurs », explique Jeremy Osbron, un des 24 permanents de cette association décalée par rapport au monde des ONG. « Notre message est basé sur la science mais se veut le plus ludique possible. Notre niveau d’action se base avant tout sur la spontanéité des groupes locaux pour faire passer cette idée très simple. Nous offrons le matériel : à chacun de s’en emparer pour la faire rayonner près de chez lui... »
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