En direct de Copenhague (2) : De la muraille verte au mur de la honte
Christophe Schoune
16 décembre 2009
 
 

« Si c’est possible pour votre fédération, merci de nous offrir votre coopération, nous avons besoin de toutes les expertises et bonnes volontés pour lutter contre la désertification... » Face à une carte d’Afrique, Cissé Matar jalonne de la main un rêve qui épouse un tracé de 7.000 kilomètres. De Dakar à Djibouti, son projet ambitionne de recréer un couloir écologique à travers 11 pays sahéliens. Tous sont confrontés à un déficit pluviométrique combiné à une pression anthropique qui perturbe les grands équilibres écologiques.

Enraciner une grande muraille de quinze kilomètres de large pour lutter contre l’érosion des sols, la désertification ou la perte de biodiversité n’a rien d’une sinécure, il est vrai, face aux obstacles à l’oeuvre. « Aucun pays, malgré ce qui a déjà été entrepris, n’a les moyens techniques, humains et financiers nécessaires pour faire face individuellement à ces contraintes majeures », concède notre interlocuteur. « D’où la nécessité d’une approche solidaire, intégrée et fédératrice. Beaucoup de conflits sont liés aux ressources naturelles, ce programme est aussi un modèle possible de coopération. C’est la deuxième fois que nous sortons d’Afrique pour le présenter... »

L’indifférence à laquelle semble se heurter le stand de la « grande muraille » au milieu de la noria onusienne du Bella Center n’incite guère à l’optimisme. Révélateur du mur d’incompréhension, sinon de la honte, qui sépare les pays pauvres des pays riches à la conférence de Copenhague, ce corridor écologique illustre l’oubli de l’Afrique dans les projets de développement propres (MDP) inventés par Kyoto. Sur les 5.500 projets en cours dans le monde, seuls 112 sont situés sur le continent africain, dont une poignée dans les pays sahéliens. Trop peu « rentable » pour les Etats soucieux de compenser leur émissions...

L’heure des comptes sonne donc à l’entame du sommet ministériel et à la veille de la venue des chefs d’Etat et de gouvernement. Car jamais auparavant, les pays en voie de développement et Africains en particulier n’auront autant donné de la voix pour réclamer des engagements financiers conséquents et de substantielles réductions d’émissions de la part des pays industrialisés. Après avoir suspendu les négociations lundi, ces pays ont à nouveau pointé sans ménagement les pays riches lors de la discussion ministérielle informelle sur l’avenir du protocole de Kyoto, ce mardi : « Si Copenhague est un échec, les pays riches ne devront s’en prendre qu’à eux-même, a clamé le chef de la délégation algérienne. Il n’y a aucun élément probant pour l’Afrique. L’humanité n’oubliera jamais ceux qui n’auront pas pris en considération la préservation des conditions de la vie... »

L’avertissement sonne comme un parfum de revanche de l’histoire. Pour ne pas perdre le Sud, le Nord va devoir s’engager au-delà de ses promesses jugées insuffisantes. Ce que le ministre bolivien décrit en ces termes : « Si Copenhague est un échec, les pays riches en porteront l’entière responsabilité, comme ils portent la responsabilité historique de la situation actuelle... »

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