Fédération des associations d’environnement
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Financement d’une association par le privé, la solution idéale ?
Financement d'une association par le privé, la solution idéale ? Il ne faut pas mordre la main qui vous nourrit. L’expression est cruelle, mais elle traduit bien les situations cornéliennes vécues par les associations d’environnement qui souhaitent d’un côté exercer librement leur militance et de l’autre conserver de bonnes relations avec l’organisme qui les finance. Depuis toujours, notre fédération connaît les aléas des subsides publics. Faut-il ouvrir les bras au privé, au sponsoring ? Quelques éléments de réflexion.

Tout d’abord, le financement n’est pas une condition sine qua non pour créer et faire vivre une association : nombreuses sont celles qui fonctionnent très bien sur base bénévole et autonome, et qui ne recourent que peu ou pas du tout au subside extérieur. La moitié des associations membres d’IEW ne touche pas un centime de subside (chiffres 2005). Mais, plus l’association étend son rayon d’action, ou plus elle se spécialise, plus elle aura besoin de ressources externes pour atteindre ses objectifs. En effet, la charge de travail, le besoin de coordination et d’expertise deviennent tels que le bénévolat ne suffit plus. Donc le secteur associatif cherche des sous. Il passe même une bonne partie de son temps à cela, et il en trouve, parfois des sommes considérables. Le WWF international et Coca-Cola ont lancé un partenariat portant sur vingt millions de dollars. L’objectif est de protéger les ressources en eau douce dans sept bassins hydrographiques parmi les plus importants de la planète. Le distributeur de canettes espère ainsi améliorer sa propre gestion de l’eau et réduire son empreinte carbonique (1) Plus proche de nous, Electrabel a conclu le 11 janvier 2008 un accord de partenariat avec Natagora et Natuurpunt, associations de protection de la nature actives de part et d’autre de la frontière linguistique. Cette collaboration se fera autour du projet Nature et proximité dans lequel Electrabel investira près d’un million d’euros sur 3 ans. Elle s’inscrit dans la campagne internationale qui vise à mettre un terme à la perte de la biodiversité. Les fédérations d’environnement ne sont pas en reste, IEW est sponsorisée par Philips pour sa campagne la nuit de l’obscrité - ça ne s’invente pas ! - tandis que son homologue flamande recourt régulièrement aux subsides privés.

Ce genre de partenariat fonctionne sur un principe win-win : l’association obtient des crédits pour réaliser son objet social et l’entreprise privée fait un geste pour la planète et du coup reverdit son blason devant un public de plus en plus sensible à l’environnement. Tout le monde y gagne alors ? A première vue, oui. Cependant plusieurs questions se posent. La première est éthique : l’association peut-elle collaborer sans perdre son âme avec une société privée dont les activités sont critiquées dans les milieux environnementaux ? La seconde est stratégique : quel sera le contrôle du bailleur de fonds sur le développement de l’activité et, de manière plus large, sur la liberté de parole associative vers l’extérieur ? Vaste débat. Les militants les plus radicaux crieront à la trahison tandis que les réalistes trouveront là une opportunité de réaliser des actions concrètes. Dans ces mariages un peu contre nature a priori, un marchandage s’opère. Ce qui intéresse l’entreprise, c’est la confiance du public envers l’association. Les sondages sont clairs à cet égard : les citoyens estiment que les associations d’environnement sont de loin les plus crédibles pour défendre la cause environnementale, bien avant la justice, les administrations, les politiciens et le secteur de l’entreprise qui arrive en dernier lieu. Ce que l’entreprise achète, c’est précisément cette part de confiance ; l’association ne doit pas être dupe, elle risque d’y perdre une partie de son crédit vis-à-vis du public en s’associant à une entreprise privée. Quant à savoir si la liberté de parole de l’association est mise en danger, bien souvent la collaboration s’opère sur un terrain qui n’est pas miné : Electrabel n’a évidemment pas choisi Greenpeace pour son partenariat, car l’association a fait de l’atome un de ses combats emblématiques. Remarquons au passage que Greenpeace a beaucoup plus de marge de man½uvre car elle est essentiellement financée par les cotisations des membres.

La professionnalisation des associations, le fait qu’elles aient engagé du personnel, les ont conduit à devenir des véritables entreprises associatives. Elles sont donc amenées à gérer au mieux leurs intérêts, à défendre au mieux leurs objectifs, tout en disposant des moyens appropriés, dont un des principaux est la source de financement. Le financement de l’associatif par le privé est une opportunité, mais ce n’est pas un acte neutre. Le prix à payer par l’associatif ne doit pas être excessif, sinon il perd sa raison d’être.

En France

Chirac a pris exemple sur le modèle américain, où une bonne part de la redistribution s’effectue de façon privée par le biais des dons des particuliers et des entreprises. Il a relancé le mécénat et les fondations pour renforcer la part du financement privé dans le secteur associatif dans son ensemble. En conséquence, la part du financement par le secteur privé est en croissance (période 1999-2005) sans pour cela diminuer les subsides publics (enquête CNRS 2007).