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Ne pas confondre clientééélîsme et clientelisme (De la notion de "service" en politique)
La Pastèque  •  27 février 2014

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De feu Jean Gol au fieu Charles Michel, les instances libérales réformatrices se sont toujours attachées voire complues à dénoncer le « clientélisme » comme étant, avec la « rage taxatoire », un des marqueurs viciés de l’ADN socialiste. C’était vraiment pas beau, caca, pue-pue. Et que ne voilà-t-il pas que je découvre l’autre jour en parcourant mon quotidien [1] ? Un joli pavé en couleurs et avec photo annonçant, je cite en version copier/coller :

Olivier de CLIPPELE

Député bruxellois

MR

26 CONFERENCES
« Questions-réponses et cas concrets »
dans toute la Région de Bruxelles-Capitale

Droit de succession et de donation
Copropriété d’immeubles à appartements
Baux à loyers
Droit de l’urbanisme
Contrats de vie commune et testaments

Retrouvez toutes les précisions des conférences sur

www.declippele.org

Interloqué je fus et interloqué je reste car, c’est quoi, ça, sinon du « clientélisme » ? Ma vision du travail et de la fonction d’un parlementaire n’intègre en tout cas pas le conseil fiscal et juridique. Et s’il remplace « permanence » par « conférence », le sieur de Clippele ne me semble pas s’inscrire dans une démarche différente de celle d’autres élus – majoritairement sinon exclusivement socialistes si j’en crois les gémonies majoritaires – qui proposent aide et services à leurs électeurs potentiels. Là où les autres mettent leurs réseaux au service d’une recherche d’emploi ou de logement, lui offre ses compétences pour éclairer un dossier. La clientèle et l’enjeu diffèrent mais en ce qui concerne l’essence et l’objectif de la démarche, c’est kif-kif bourricot : complaire le citoyen en espérant qu’il renverra l’ascenseur dans l’isoloir.

Un questionnement me taraude dès lors les neurones : existerait-il un clientélisme de droite honorable opposé à un clientélisme de gauche condamnable ? Autrement dit, les consultations gratuites du notaire-député de Clippele sont-elles plus légitimes que les pistons d’un élu socialiste (ou autre) ? En d’autres termes encore, y aurait-il un clientééélîsme bourrin et méprisable ancré dans la solution de problèmes et un clientelisme propre sur lui et respectable centré sur la défense d’intérêts ?

Le tableau est caricatural ? Peut-être. Sans doute. Certainement. Mais la faux-culserie avec laquelle certains – bien au-delà des rangs réformateurs – traitent cette question m’horripile et m’exaspère au plus haut point.

Je suis des naïfs – utopistes – ringards qui continuent de penser que le rôle du politique est moins de gérer le quotidien que de préparer l’avenir, que le choix de l’électeur devrait avant tout porter sur un projet de société, sur les valeurs qui fonderont le programme mis en œuvre, sur la vision du futur à construire ensemble. Mais je ne me leurre pas. Je sais que cette dimension est devenue minoritaire sinon inexistante tant dans les partis que chez les élus et les électeurs. Et le sort individuel (du parti, de l’élu et du citoyen-électeur) prévalant sur la destinée collective, le clientélisme ne peut que se retrouver au centre du jeu, punt aan de lijn. Le notaire de Clippelle en propose une version certes moins habituelle mais en aucun cas meilleure que celles dénoncées avec mépris et dégoût par ses coreligionnaires.


[1« Le Soir » des samedi 15 et dimanche 16 février 2014



 
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