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Il est temps de réconcilier nature et agriculture
8 février 2018  •  Agriculture

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D’ici quelques jours les Etats-membres s’apprêtent à discuter de l’avenir de l’Europe et de la prochaine Politique Agricole Commune (PAC) qui prendra ses effets en janvier 2020. Plusieurs associations environnementales ont été interpellées par les positions à ce sujet de René Collin, ministre wallon de l’agriculture et de la nature, exprimées dans ces pages le 23 janvier.

Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement wallon, la Wallonie perd ses fermes. L’agriculture wallonne s’érode chaque année un peu plus, sans marquer de temps mort. Le taux de disparition des agriculteurs de l’an prochain est déjà connu : il reste environ 12 800 fermiers et chaque année, depuis 30 ans, il s’en perd 3,2 %. Une sorte de Caterpillar silencieux et sans cesse renouvelé.

Chose évidente : ce déclin des fermes en Wallonie peut se superposer au déclin de la biodiversité. Moins de haies, d’arbres, de prés de fauche, d’oiseaux des champs, de batraciens, de petits mammifères… La campagne wallonne perd ses couleurs aussi sûrement qu’elle perd ses agriculteurs. Et à force de retirer de la couleur au paysage, pas étonnant que le tableau devienne sombre.

Comme vient de le démontrer le dernier état de l’environnement wallon, la nature est en déclin. Dans ce contexte, la PAC a montré toutes ses limites. Elle laisse l’agriculture conventionnelle à nu, plus que jamais prédatrice d’elle-même et livrée à toutes les crises, par vagues ininterrompues. Vaches folles, dioxines, crise du lait, lasagne au cheval, crise du lait encore, crise de la viande, scandale du fipronil… avec de temps en temps "une enveloppe exceptionnelle de soutien à l’agriculture".

Cette situation déplorable n’est pas due à un excès de normes écologiques, pas plus qu’à des restrictions en matière de pesticides. Bien au contraire : cet échec, c’est celui du "tout à la production", de la ferme "moderne", agrandie, avec moins de main d’œuvre mais de plus gros tracteurs, de la ferme-entreprise qui dit investir quand elle s’endette pour rester compétitive et qui voit la nature comme un obstacle à sa pleine mécanisation.

Mesdames et Messieurs les Ministres, en 2017 les citoyens ont été consultés par la Commission européenne, afin de jauger les attentes sur la prochaine PAC. Comment la moderniser et quelles priorités y définir ? Cette consultation a mobilisé pour un tiers environ, des agriculteurs, et pour le reste d’autres citoyens.

Quelque 80% des participants ont marqué leurs préférences pour plus d’environnement, une meilleure prise en compte de la biodiversité et plus d’attention aux changements climatiques. Les citoyens, qui financent la PAC à travers l’impôt, l’ont exprimé : le futur de l’agriculture, c’est avec la nature.

Monsieur Collin, récemment, vous avez réuni les syndicats agricoles pour dessiner les contours de la prochaine PAC. Aucune association de protection de la nature n’était représentée à cette occasion, comme si agriculture et nature n’étaient pas intimement liées. Les deux compétences sont pourtant gérées par votre cabinet. Interpellé à ce sujet, vous avez expliqué qu’au regard des résultats de la consultation européenne qui réaffirme la priorité d’une PAC plus verte, les associations environnementales "ont eu l’occasion de s’exprimer à suffisance".

Pour les associations environnementales, cette expression n’était pas momentanée. A l’aube de construire cette nouvelle PAC, nous vous demandons d’élargir la consultation et d’ouvrir le débat vers les citoyens. Ceux qui s’interrogent sur l’agriculture et ses défis, et qui peuvent apporter un regard neuf et bienveillant, autant que des solutions de sortie de crise.

Nos associations comptent aujourd’hui plus de 100.000 membres dont de nombreux agriculteurs. Qui sont soucieux de produire durablement, et qui sont attentifs à ce que la société civile a à leur dire. Et qui sont prêts à co-construire une agriculture qui prend en compte la biodiversité, se soucie de ses effets sur l’environnement, des produits qu’elle utilise et des aliments qu’elle a à offrir. L’explosion de la demande pour des produits locaux de qualité et la floraison de projets de diversification portés par des agriculteurs témoignent à cet égard du potentiel exceptionnel que recèle la Wallonie.

Nous nous opposons à la diminution des budgets PAC dévolus à la nature et aux productions dites marginales, au prétexte que "la fonction première de l’activité agricole doit rester la production de denrées alimentaires de qualité, en quantité suffisante pour nourrir notre population."

Sortir de la crise n’appelle pas à réclamer "moins d’environnement, pour avoir les mains libres ", mais à faire preuve d’audace. L’audace de réaliser que la Wallonie est particulière et autorise une agriculture singulière. Qu’elle est parmi les plus densément peuplée, que ville et campagne s’y mélangent et que les conflits d’usage peuvent être si nombreux que les impacts de l’agriculture intensive ne seront bientôt plus tolérables pour personne.

Pour la prochaine PAC, il importe de sécuriser les agriculteurs et les gestionnaires qui ont fait le choix d’allier leur activité au respect de la nature, travaillent en bio, ont adopté des mesures agri-environnementales ou sont engagés dans les programmes Natura 2000. A cet égard, il est primoridal de soutenir l’innovation pour faciliter l’installation des jeunes. Au-delà, il conviendra de faire converger le nouveau modèle agricole aux aspirations grandissantes des citoyens. La consultation et la concertation entre tous les acteurs concernés par cet enjeu majeur est la clef de voûte pour faire advenir une agriculture en phase avec les objectifs de développement durable auxquels la Belgique a souscrit.




 
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