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20% du territoire belge est bâti. ASSEZ !!!
Benjamin Assouad  •  26 janvier 2011  •  Espace public

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Il y a toujours plus de bâtiments sur le sol belge. Année après année, l’urbanisation continue de s’y développer. Nouvelles maisons, nouveaux bureaux, nouveaux shopping-centers, nouvelles usines sortent de terre. Aucune région du pays n’est épargnée. La tendance est générale. C’est le constat qui ressort clairement des statistiques publiés lundi 24 janvier sur les terrains bâtis en Belgique par le Service Public Fédéral Economie.

Si la chose peut paraître banale pour l’observateur attentif de l’aménagement du territoire belge, le constat vient néanmoins une fois de plus rappeler l’urgence d’agir. Et cette fois, ce ne sont pas quelques environnementalistes zèlés qui tirent la sonnette d’alarme, mais bien l’administration fédérale. Nos terres agricoles, nos espaces sauvages, nos paysages naturels sont en train de disparaître.
Au 1er janvier 2010, 20% du territoire était bâti, contre 18,6% en 2000, 16,3% en 1990, et 14,2% en 1980. La Belgique continue donc à se construire à un rythme important – plus de 40 km² de terres non-bâties y passent chaque année –, pour totaliser aujourd’hui plus de 6.000 km² de terres bâties. Au niveau régional, si la Flandre, avec 26,4% de son territoire bâti, demeure davantage urbanisée que la Wallonie, l’écart se réduit. Avec ses 14,2% de territoire bâti, la Wallonie commence à n’avoir plus rien de la région verte, qu’on se représente souvent.

Les zones bâties dans les pays européens en 2000 : la Belgique avec 18,6% devance les Pays-Bas, l’Allemagne, et le Luxembourg (source : Agence européenne pour l’environnement, 2000)

L’urbanisation de la Belgique ne date certes pas d’hier, mais que la tendance ne baisse pas commence à inquiéter. Une telle poursuite n’est pas durable. La tendance doit être inversée : pas uniquement pour la santé du « crapaud calamite », mais bien pour notre avenir à tous. Car c’est bien de cela qu’il est question. Diminuer la surface agricole, c’est attenter à terme à notre souveraineté alimentaire. Grignoter nos espaces sauvages, c’est mettre la biodiversité, dont notamment la recherche médicale a besoin, en danger.
Urbaniser nos paysages naturels, c’est limiter encore davantage la nécessaire place de la nature dans notre vie. Ceci sans même parler de l’énergie nécessaire au chauffage et à l’accessibilité des nouveaux bâtiments. Car dans le contexte de la raréfaction de l’énergie et de la limitation des émissions de gaz à effet de serre, les incidences de cette urbanisation galopante apparaissent en effet d’autant plus sérieuses.

Si le constat est grave, et que les risques qu’il nous fait porter encore davantage, on peut s’interroger sur les raisons qui ont conduit au maintien de pareille situation. Depuis les années 1950, les villes n’ont eu de cesse de se vider de leurs habitants et de leurs activités, et les périphéries de ville puis les campagnes belges de se couvrir des développements urbanistiques les plus invraisemblables.

Caricaturant à l’extrême le pittoresque rural, les lotissements de maisons « quatre-façades » ont décuplé la taille d’anciens villages. Concurrençant des localisations urbaines plus coûteuses, des parcs d’activités économiques ont fleuri au milieu de nulle part. Mettant à mal les rues commerçantes des centres-villes, d’imposants shopping-centers bien situé par rapport aux transports routiers ont commencé à animer des aires de chalandises toujours plus étendues.

En amont et en aval, le réseau routier belge a vu sa densité croître de manière exponentielle. Sans cela, l’hémorragie des villes n’aurait pas pu se produire. Les décisions politiques concernant les infrastructures routières ont donc clairement contribué à rendre possible cet éparpillement des activités sur l’ensemble du territoire.

Si le réseau routier est clairement à montrer du doigt, les conditions réunies pendant plus de 50 ans qui ont contribué à cette situation sont plus complexes : dégradation de la qualité de vie des centres-villes par le développement de pénétrantes routières et la construction d’immeubles de bureaux élevés ; évolution progressive vers une préférence sociétale pour l’habitat en maison avec jardin plutôt qu’en appartement ; élévation générale du niveau de vie ; démocratisation de la voiture individuelle ; concurrence entre communes pour attirer de nouveaux habitants ; développement de la promotion immobilière ; faiblesse du prix du terrain en milieu rural par rapport à la ville ; soutien public à l’acquisition d’un logement privé ; réglementation urbanistique peu contraignante ; coût peu élevé du carburant.

Ce qui est interpelant, c’est qu’à conditions relativement proches, la situation peut être très différente. On peut observer ainsi de très sensibles nuances dans l’urbanisation entre la Belgique et ses voisins européens. Aux Pays-Bas par exemple, l’éparpillement des activités sur le territoire y est tout relatif au regard de la Belgique. L’urbanisation y est compacte, et la distinction entre ville et campagne marquée. Là-bas, point d’entrées de ville vraiment chaotiques, alternant boites à chaussure commerciales, lotissements de maisons « quatre-façades », usines, et panneaux publicitaires.

Pays-Bas et Belgique, deux formes très distinctes d’urbanisation : pour les Pays-Bas une urbanisation très compacte ; pour la Belgique une urbanisation très éparpillée (source : Agence européenne pour l’environnement, 2010)

Si en Belgique 20% du territoire est urbanisé, ce n’est donc pas tant parce que la densité de population y est forte, c’est surtout parce que des choix politiques permettant cette dilution des fonctions urbaines, dont l’habitat, ont été arrêtés : les plans de secteur. Aux Pays-Bas où la densité de population atteint pourtant 465 habitants/km² (contre 334 habitants/km² en Belgique), le territoire demeure nettement moins urbanisé : autour de 18% du territoire y est bâti. Mais la différence la plus spectaculaire entre les deux situations urbanistiques, c’est la forme physique que prend cette urbanisation.
Si aux Pays-Bas, l’urbanisation s’est développée essentiellement autour des villes et villages existants sous forme d’anneaux concentriques, l’urbanisation s’est plutôt développée en Belgique sous forme de longs rubans le long des voiries rayonnant depuis les centralités. Les conséquences spatiales de l’un ou l’autre schéma sont très différentes. Alors que le schéma hollandais a clairement préservé le territoire en limitant un maximum les effets barrières de l’urbanisation, le schéma belge a lui considérablement mité le territoire : terres agricoles, espaces naturels, et autres corridors écologiques en ont été copieusement fragmentés.

Cette forme prise par l’urbanisation hollandaise n’est pas le fruit du hasard ; elle est le produit clair d’une régulation urbanistique forte et contraignante, une voie qui n’a plus ces dernières décennies réellement été empruntée en Belgique. Puisse le terrible constat des 20% du territoire belge bâti faire évoluer aujourd’hui rapidement la situation.




 
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